11. Prière d’Arvit et nuit de Yom Kipour

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Le rituel des prières de Yom Kipour débute par la sortie de deux rouleaux de la Torah (séfer-Torah, plur. sifré-Tora). Deux des membres les plus éminents de l’assemblée les portent dans leurs mains, et marchent ainsi vers la tribune centrale (bima). L’officiant se tient entre eux deux et dit : « Avec la permission de Dieu, et avec la permission de la congrégation, dans l’assemblée d’en haut, et dans l’assemblée d’en bas, nous autorisons à prier avec les délinquants (‘avarianim). » Certains ont coutume de sortir un seul séfer-Torah, d’autres en sortent plus que deux ; certains récitent une version quelque peu différente de ce texte. Chaque communauté poursuivra selon sa coutume (Choul’han ‘Aroukh 619, 1 et commentateurs).

Cette introduction reflète la thématique de Kipour, où se révèle l’âme sainte, présente en chaque membre du peuple d’Israël. Aussi, même ceux qui, au cours de l’année, se conduisent comme des délinquants, et qui, à ce titre, sont réprouvés et repoussés dans les cieux et sur la terre, de sorte qu’il ne convient pas de prier avec eux, sont invités, le jour de Kipour, à prier avec toute l’assemblée. Et de même que nous jugeons les pécheurs sous l’angle du mérite (lé-kaf zekhout) et posons sur eux un regard empreint de bonté et d’amour, ainsi mériterons-nous que l’Éternel révèle à notre égard sa bonté et son amour.

Nos sages enseignent : « Tout jeûne auquel ne se joignent pas des pécheurs d’Israël, n’est pas considéré comme un jeûne. Voici : le labdanum (lévona) a une mauvaise odeur, or le verset le compte parmi les ingrédients de l’encens sacré » (Keritout 6b). Cela nous apprend que, lorsque celui qui n’est pas habitué à accomplir les mitsvot se joint à la prière de Yom Kipour, il y a là une grande sanctification du nom divin. Cela n’est pas tout : en tout Juif, brille une étincelle qui lui est particulière ; lorsque celle-ci manque, c’est à tout Israël qu’il manque quelque chose. Aussi, quand les délinquants se joignent à la prière, tous les Juifs s’unissent et leur établissement dans le pays s’affermit bien, comme il est dit : « Son assemblée (agouda), Il l’a établie dans le pays[q] » (Amos 9, 6).

Après cela, on récite le Kol nidré, et l’on se nettoie et se purifie ainsi de toute attache d’avec les vœux et engagements que l’on n’a pas réussi à accomplir, afin qu’ils ne fassent pas obstacle à la téchouva de Yom Kipour[10].

On récite des versets exprimant la demande du pardon, afin de donner expression à la thématique du jour, puis on prononce la bénédiction Chéhé’héyanou, et l’on rapporte les rouleaux de la Torah dans l’arche.

Quand on porte les rouleaux vers la bima, puis qu’on les rapporte vers l’arche, nombreux sont ceux qui ont coutume d’embrasser les rouleaux, en signe d’affection, avec l’intention de demander pardon pour toutes les atteintes qu’ils ont portées à l’honneur de la Torah, à sa sainteté et à l’accomplissement de ses mitsvot.

Dans de nombreuses communautés, il est d’usage que le rabbin prononce, avant la prière d’Arvit, des paroles de morale (moussar) et d’éveil, liées aux thèmes du jour, notamment à la téchouva (Maté Ephraïm 619, 9).

Il est de coutume que quiconque a l’habitude de s’envelopper d’un talith pendant l’office de Cha’harit, le fasse également pour l’office du soir de Kipour ; on forme l’intention de se rappeler, par le biais des tsitsit, toutes les mitsvot, et, grâce à cela, de voir sa vitalité, son esprit et son âme[r] préservés des extériorités, Dieu étendant sur nous l’abri de sa paix. On s’enveloppe de son talith avant le coucher du soleil, afin d’en pouvoir dire la bénédiction. Ceux qui s’enveloppent de leur talith après le coucher du soleil, le feront sans réciter la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh et Rama 18, 1 ; Michna Beroura 7).

Il est bon de se livrer à l’étude de la Torah, après l’office d’Arvit ; car, s’il y a une mitsva particulière d’étudier la Torah chaque jour saint, à combien plus forte raison est-ce vrai le jour de Kipour : il faut s’efforcer, autant qu’il est possible, de fixer des temps pour l’étude toranique. Or, dans la mesure où la presque totalité du jour est consacrée à la prière, le moment qui convient le mieux à l’étude de la Torah est le soir, après l’office d’Arvit (cf. Mo’adim, Fêtes et solennités juives II, chap. 1 § 5-6 ; Michna Beroura 619, 16).

Ci-après, nous poursuivrons notre étude des lois et des coutumes qui expriment la signification de la fête, sans donner le détail des lois et des textes de prière qui sont déjà expliqués dans les rituels de Yom Kipour (les ma’hzorim), chaque communauté suivant sa tradition.


[q]. Traduction un peu libre, qui suit la leçon des sages. Une traduction plus littérale serait : « Sa muraille [allusion aux montagnes entourant la plaine], Il l’a établie sur la terre » (d’après Da’at Miqra ad loc.).

[10]. La téchouva est liée à la liberté ; aussi, se libérer de tous les vœux et des entraves que l’homme s’est imposées à lui-même fait partie de la thématique du jour. Nous voyons, dans le même sens, que, au jour de Kipour de l’année jubilaire (le Yovel), tous les esclaves sont libérés, et les terrains reviennent à leurs propriétaires initiaux (cf. ci-dessus, chap. 6 § 11).

[r]. Néfech, roua’h, néchama : trois niveaux de l’âme humaine.

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