09. Arêtes de poisson et os

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    Si l’on mange du poisson qui contient des arêtes, on est autorisé à extraire les arêtes tout en mangeant. C’est-à-dire que l’on commencera à manger le poisson, et quand se présenteront des arêtes qui dérangeront la poursuite de la consommation, on les extraira à la main ou à la fourchette, puis on continuera de manger. La règle est la même si l’on mange une viande osseuse : on commence par manger de cette viande, puis, quand on rencontre un os qui dérange la poursuite de la consommation, on l’enlève à la main ou à la fourchette, et l’on continue de manger. Pour les besoins d’un petit enfant, il est permis d’extraire d’abord les arêtes ou les os, puis de faire manger le poisson ou la viande à l’enfant, comme on en a toujours l’usage.

Certes, il y a des décisionnaires rigoureux, qui estiment que l’extraction des arêtes de poisson ou des os est interdite, car il est défendu d’extraire le déchet d’entre la partie comestible. Selon eux, c’est la partie comestible du poisson ou de la viande qu’il faut extraire d’entre les arêtes ou les os. Mais en pratique, la position indulgente est la principale : au cours de la consommation, il est permis d’enlever les arêtes du poisson ou les os de la viande, car tel est le mode habituel de consommation (dérekh akhila)[10].

Mais s’il s’agit d’os secs ou d’arêtes sèches, qui sont mêlés au plat, on les considère comme des déchets ordinaires, qu’il est interdit d’extraire d’entre la partie comestible, puisqu’ils ne sont pas solidaires de la chair. On mangera donc le mets en laissant les arêtes ou os dans son assiette (Béour Halakha 319, 4, fin du passage commençant par Mitokh ; Ben Ich ‘Haï, seconde année, Bechala’h 11).


[10]. Opinion rigoureuse : selon le Maamar Mordekhaï 319, 7 et le ‘Hazon Ich 54, 3, il est interdit d’extraire les arêtes et les os. On prendra la partie comestible et on laissera les os dans l’assiette. On peut, à cette fin, tenir l’os ou l’arête, de la main ou du couteau, et, de l’autre main ou de la fourchette, prendre la chair. Bien que, d’une main, on tienne l’os, on ne peut dire que l’on extraie le déchet d’entre la partie comestible, puisque de l’autre main on prend cette dernière. On peut encore introduire le morceau dans sa bouche, puis retirer les os de celle-ci, ou les arêtes. S’il y a un peu de viande sur l’os, de chair de poisson sur l’arête, on peut extraire cet os ou cette arête de la viande ou du poisson et manger la chair qui y est attachée, puis jeter le déchet. Mais si rien de comestible n’y est attaché, il est interdit de les enlever.

 

Mais de nombreux décisionnaires estiment qu’il est permis d’extraire les arêtes du poisson ou les os de la viande avant de manger. Cette autorisation repose sur trois fondements :

 

1) Le premier, qui est le principal, est que telle est la manière normale de manger le poisson et la viande (dérekh akhila). C’est ce qu’écrivent le Béour Halakha 319, 4 ד »ה מתוך, le Ben Ich ‘Haï, seconde année, Bechala’h 10 et le Yalqout Yossef 319, 37 (d’après le Mahari ben ‘Haviv et le Tséma’h Tsédeq).

 

2) Deuxième principe : même quand la manière habituelle de consommer l’aliment ne consiste pas à extraire d’abord le déchet, plus le moment où l’on ôte le déchet est proche du moment de la consommation, plus nombreux sont ceux qui pensent que la chose n’est pas interdite, parce que cette proximité même est considérée comme caractéristique de la façon dont on mange.

 

  1. a) Comme nous l’avons vu en note 1, selon le Rid et plusieurs autres Richonim, il est permis d’extraire le déchet d’entre la partie comestible afin de manger celle-ci « immédiatement » (c’est-à-dire lors du proche repas). Et bien que le Choul’han ‘Aroukh 319, 4 l’interdise, il y a lieu d’associer cette opinion aux autres facteurs d’indulgence.

 

  1. b) Si l’on se place du point de vue même du Choul’han ‘Aroukh, les décisionnaires controversent quant au fait de savoir si l’interdit d’extraire le déchet d’entre la partie comestible s’applique également au moment même où l’on manger le plat servi. Pour le Mahari Aboulafia, dans un tel cas, l’extraction du déchet est permise ; pour le Maharit Tsahalon, cela reste interdit. Le Béour Halakha 319, 4 ד »ה הבורר note qu’il s’agit d’une controverse entre Richonim. Nous voyons donc que, selon les décisionnaires indulgents, même si le mode habituel de consommation de tel poisson ne consiste pas à enlever d’abord les arêtes, il resterait permis de les enlever car, dès lors que l’on est sur le point de le manger immédiatement, on considère que cela relève du mode de la consommation (dérekh akhila).

 

  1. c) Selon le Chevitat Hachabbat (Borer, Beer Re’hovot 3), tous les Richonim reconnaissent que, si l’on commence à manger, puis que l’on rencontre un os au cours de sa consommation, il est permis de l’enlever, car cela ne participe pas du mode laborieux (dérekh mélakha) mais du mode alimentaire (dérekh akhila).

 

3) Troisième principe : on peut associer aux autres motifs d’indulgence la position de Rabbénou ‘Hananel et d’autres Richonim (cf. note 8), selon laquelle l’interdit de borer ne s’applique pas quand les deux éléments sont attachés (me’houbar). Le Béour Halakha 319, 4 fait un raisonnement proche (cf. aussi Menou’hat Ahava 7, 14-15).

 

En pratique : le Béour Halakha justifie le fait d’extraire les arêtes du poisson avant de le servir. Certains ne sont indulgents qu’au moment où l’on est véritablement sur le point de manger la bouchée ; en un tel cas, le Béour Halakha admet que c’est permis a priori ; c’est aussi la position du Chévet Halévi I 83 et du Menou’hat Ahava 7, 15. Le Igrot Moché (Ora’h ‘Haïm IV 74, Borer 7) est indulgent, à cet égard, pour qui a des difficultés à manger autrement. (Le Chemirat Chabbat Kehilkhata 3, 12-14 rapporte les deux opinions.) Dans le corps de texte, nous écrivons que l’on peut extraire l’arête ou l’os après avoir commencé à manger, afin de pouvoir être quitte aux yeux de tous, selon le Chevitat Hachabbat mentionné ci-dessus.

 

Toutefois, si l’on veut donner du poisson à un petit enfant, on est autorisé à extraire les arêtes préalablement car, comme nous l’avons vu, tel est l’avis d’une nette majorité de décisionnaires.

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