16. Vaisselle, jeux, couverts et livres

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De même qu’il existe un interdit de borer en matière de produits alimentaires, de même cet interdit existe quant aux autres objets, tels que les livres, la vaisselle ou les vêtements (Taz, Michna Beroura 319, 15). Tous les principes du tri qui ont été énoncés en matière alimentaire s’appliquent également aux autres types de mélange. En d’autres termes, il est permis de prendre, au sein d’un mélange, une chose que l’on a besoin d’utiliser immédiatement, car son extraction ne se fait pas sur le mode du travail (dérekh mélakha), mais sur le mode de l’usage de ladite chose (dérekh chimouch). En revanche, il est interdit d’extraire cette chose afin de s’en servir plus tard ; de même, il est interdit de classer les éléments d’un mélange, et à plus forte raison d’extraire d’un mélange les parties qui ne nous intéressent pas.

Par exemple, quand des enfants ont mélangé deux sortes de jeux de cubes, il est interdit de séparer les deux jeux l’un de l’autre. Mais si ces enfants souhaitent jouer, pour le moment, avec l’un des deux jeux, il est permis de prendre à leur intention ce jeu d’entre le mélange, car cela ne peut être considéré comme un classement accompli sur le mode laborieux, mais bien sur le mode du jeu même. En effet, au début du jeu, il est normal de prendre les cubes qui y sont destinés.

Il est de même interdit de trier des couteaux, cuillers et fourchettes qui se sont mélangés ; bien qu’ils soient grands, que la différence entre eux soit nette, ils sont considérés, dès lors qu’ils sont nombreux, comme mélangés. Par conséquent, il est interdit de les classer et de déposer chaque sorte d’ustensile séparément. En revanche, il est permis, après avoir fait la vaisselle, de sécher chaque ustensile séparément et de le déposer dans le compartiment spécifique qui lui est réservé, chaque cuiller dans le compartiment des cuillers et ainsi de suite. En effet, de cette façon, on ne choisit pas l’ustensile, au sein du mélange, dans le but de le classer, mais on le prend de manière aléatoire afin de le sécher ; dès lors que l’on a déjà l’ustensile en main, il est permis de le ranger dans son compartiment particulier[20].

À l’approche du repas, il est permis de prendre les couverts mélangés et de placer à côté de chaque assiette les couverts qui conviennent, car cet acte ne se fait pas sur le mode du classement, mais sur le mode de la préparation du repas, dès lors qu’on l’accomplit peu de temps avant de passer à table.

Les livres peuvent, eux aussi, être exposés aux lois de borer. Par exemple, si de nombreux ‘houmach[c] sont mélangés dans une pile, et que le bedeau de la synagogue veuille apporter à chacun des fidèles le ‘houmach dans lequel on lit ce Chabbat, il lui est interdit d’extraire de la pile les ‘houmach qui ne conviennent pas. De même, il est interdit d’extraire de la pile, longtemps avant la prière, les ‘houmach qui conviennent. Mais à l’approche de la prière, il est permis d’extraire de la pile les ‘houmach qui conviennent, car l’acte ne ressortit pas au mode du tri, mais au fait de prendre des livres pour étudier.

Quand des livres sont rangés sur une étagère, ils ne sont pas considérés comme mélangés ; par conséquent, il est permis de préparer les livres que l’on se propose d’étudier, même si cette étude doit avoir lieu quelques heures plus tard. Si l’on a étudié dans de nombreux livres, il est permis de les replacer dans sa bibliothèque durant Chabbat afin de maintenir en ordre son salon ; et dès lors qu’on les replace, on peut les ranger chacun à sa place (Rav Chelomo Zalman Auerbach, cité par Chemirat Chabbat Kehilkhata 3, notes 220 et 239).


[20]. Le Yabia’ Omer V 31 écrit, se fondant sur plusieurs A’haronim, que, puisque les couverts sont grands, et que la différence entre eux est reconnaissable, ils ne sont pas considérés comme mélangés ; dès lors, l’interdit de borer ne s’y applique pas. Mais la majorité des décisionnaires estiment que, même en matière de couverts, il est interdit de trier les éléments mêlés. Dans la mesure où nous sommes ici dans un cas de doute portant sur une question toranique, il y a lieu d’être rigoureux. C’est la position du Chemirat Chabbat Kehilkhata 3, 85, du Menou’hat Ahava II 7, 27 et de nombreux autres auteurs. Il faut signaler que, le Chabbat, il n’est permis de faire la vaisselle et de sécher les ustensiles que lorsqu’il y a une possibilité que l’on s’en serve durant ce même Chabbat ; en revanche, il est interdit de le faire pour les besoins de l’issue de Chabbat (Choul’han ‘Aroukh 323, 6, Michna Beroura 29 ; cf. ci-après chap. 22 § 15).

[c]. ‘Houmach : ce mot désigne, dans un premier sens, l’un des cinq livres du Pentateuque ; dans un second sens, le Pentateuque dans son entièreté. Dans les synagogues, les fidèles suivent la lecture sabbatique de la Torah, soit dans un Pentateuque contenant l’intégralité des cinq livres de Moïse, soit dans un volume contenant seulement celui des livres qui fait l’objet de la lecture du jour : la Genèse, ou l’Exode, ou le Lévitique, etc. Dans le cas dont on parle, la pile de livres contient, dans le désordre, des exemplaires de chacun des cinq livres.

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