11. Filtrage des boissons

Le filtrage des boissons est, lui aussi, susceptible d’être toraniquement interdit. La règle applicable dépend de l’état de la boisson. Si la boisson comporte des scories, et que, à moins de la filtrer, il serait impossible de la boire, le filtrage sera considéré comme un travail rendant ce liquide propre à la consommation ; c’est une transgression d’un interdit toranique. Mais si, même sans filtrage, la boisson est propre à la consommation, il sera permis de la passer au filtre ; bien que l’opération ait pour effet d’améliorer quelque peu cette boisson, cette amélioration ne modifie pas celle-ci de façon essentielle, aussi n’est-ce pas interdit.

Dans le cas intermédiaire, où la boisson est trouble, et où, sans filtrage, la majorité des gens n’auraient pas l’habitude de la boire, sauf dans un cas d’ardente nécessité, il sera interdit de filtrer cette boisson. Les décisionnaires discutent quant au fait de savoir s’il est permis de la filtrer au moyen d’un linge, de manière inhabituelle. Pour la majorité des Richonim, c’est permis, mais selon Maïmonide, c’est interdit. Les A’haronim écrivent qu’il convient d’être rigoureux sur ce point, conformément à l’opinion de Maïmonide (Choul’han ‘Aroukh 319, 10 ; Michna Beroura 42).

Par conséquent, quand de la lie est mêlée à du vin, puisque ce mélange n’est pas buvable, il est interdit de le filtrer pour en recueillir le vin ; un tel filtrage constituerait une transgression d’un interdit de la Torah (Choul’han ‘Aroukh 319, 9, Michna Beroura 32). Si le vin est trouble, au point que, dans leur majorité, les gens n’ont point l’habitude de le boire ainsi, mais qu’il soit néanmoins possible de le boire à la limite, il sera interdit de le filtrer ; il convient aussi de s’abstenir de le filtrer avec un linge. En revanche, quand un vin est propre à la consommation, il est permis de le filtrer pour qu’il soit plus clair : puisqu’il était déjà buvable avant le filtrage, ce dernier n’est pas considéré comme un travail.

De même, il n’est pas interdit de filtrer un jus d’orange contenant de la pulpe de fruit, puisque la plupart des gens ont l’habitude de boire un tel jus non filtré[12].

Il est permis, dans le même sens, d’ouvrir, pendant Chabbat, un robinet équipé d’un filtre, ou de verser de l’eau d’une carafe filtrante. Puisque, même avant cela, l’eau était potable, le filtrage n’est pas considéré comme un travail.


[12]. Il est certes interdit de filtrer la sauce de légumes cuits ; mais cela s’explique par le fait que la sauce et les légumes constituent deux catégories distinctes. Si je veux l’une d’elles, la seconde est considérée comme déchet, à mon égard. Tandis que, dans le cas du jus et de la pulpe d’orange, nous avons affaire à une même catégorie alimentaire. Le fait de les séparer n’est donc pas frappé par l’interdit de borer (Rav Chelomo Zalman Auerbach cité par Chemirat Chabbat Kehilkhata 3 § 53-54, 57, et note 173. C’est aussi ce qu’écrit Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 74, Borer 3).

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