18. Solutions indirectes proposées par certains appareils

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Selon certains auteurs, on peut adapter aux appareils électriques un mécanisme particulier, permettant de les activer de manière indirecte (grama), ce qui autoriserait leur utilisation, le Chabbat, en cas de nécessité. L’une des méthodes proposées à cette fin est appelée « retrait de l’obstacle » (hassarat hamonéa’). Une deuxième méthode est basée sur la numérisation (seriqa) : un dispositif réalise un balayage (scannage) toutes les quelques secondes ; s’il détecte que l’on a pressé le bouton de l’appareil, il active celui-ci. Il s’ensuit que le fait d’appuyer sur le bouton ne met pas en marche l’appareil, mais entraîne seulement sa mise en marche. La troisième méthode repose sur la perpétuation d’une situation présente (hamchakhat matsav) : l’appareil est programmé de manière que, toutes les quelques secondes, il commence à fonctionner une seconde et s’interrompt ; si l’on appuie sur le bouton, l’appareil ne s’interrompra pas, la prochaine fois qu’il commencera de fonctionner.

D’autres estiment que, en tout état de cause, il est interdit d’utiliser ces modèles car, du moment que l’appareil a été conçu dès l’abord pour entraîner une activité électrique, sa mise en marche n’est pas considérée comme indirecte, mais comme la mise en marche ordinaire de toute machine.

En pratique, il semble que, si l’acte de l’homme entraîne la mise en marche de l’appareil électrique en peu de temps, ainsi qu’on a l’habitude de le mettre en marche les jours de semaine, il soit interdit de l’activer, même si l’appareil est conçu de façon telle que son activation se réalise d’une manière proche du mode de grama. Car ce qui se produit à l’intérieur de l’appareil importe peu : tant qu’il fonctionne d’une manière habituelle, sa mise en marche ne relève pas du statut de grama. Aussi ne peut-on mettre en marche des ascenseurs et des portes électriques sur le mode indirect : puisque l’on souhaite que ces machines commencent à fonctionner très peu de temps après qu’on les a activées, le modèle de grama ne leur est pas applicable. De même, il est interdit de voyager en scooter pour personne à mobilité réduite, puisque ce véhicule se déplace de la façon dont son conducteur circule les jours de semaine, et que toute impulsion sur la pédale intensifie le courant électrique et augmente la vitesse.

En revanche, quand l’acte de l’homme n’entraîne l’activité de l’appareil qu’après un temps significatif, et à condition que le mécanisme qui le déclenche agisse sur le mode indirect – c’est-à-dire en supprimant l’obstacle, ou par le biais d’un scanneur, ou encore en prolongeant une situation présente –, alors cette activité a le statut de grama, et il est permis, en cas de nécessité pressante, de s’en servir pendant Chabbat. Tel est l’usage en matière de mise sous tension d’une alarme : si la rotation de la clef entraîne le fonctionnement du système de manière indirecte, et qu’en pratique l’alarme n’est mise sous tension que dix minutes après la rotation de la clef, le statut de grama s’applique, et en cas de grande nécessité il sera permis de le faire[19].


[19]. Le Rav Lévi Yits’haq Halperin, qui dirige l’Institut de technologie appliquée aux questions halakhiques, estime qu’il est permis, en cas de nécessité, d’activer des appareils par la technique de « retrait de l’obstacle » : un appareil est conçu pour fonctionner, mais tant qu’un rayon lumineux est détecté en un endroit déterminé, l’appareil ne fonctionne pas ; quand on fait écran au rayon lumineux, l’appareil se remet à fonctionner. L’obturation du rayon est donc considérée comme le retrait d’un obstacle au fonctionnement, et relève du statut de grama. Selon cet auteur, ce cas est même plus léger que celui de grama. Mais de nombreux décisionnaires sont en désaccord avec lui sur le fait que ce cas soit plus léger que celui de grama.

 

L’institut Tsomet a développé trois solutions : 1) processus indirect par le biais d’un scanneur, qui effectue un balayage numérique toutes les quelques secondes ; quand le scanneur détecte que tel bouton a été déplacé, il met en marche l’appareil. 2) Prolongation d’une situation : toutes les quelques secondes, l’appareil se met à fonctionner environ une seconde puis s’arrête ; si l’on presse un certain bouton, l’appareil ne s’interrompra plus lors de sa prochaine reprise. 3) L’appareil fonctionne en permanence à un degré d’intensité électrique déterminé ; quand on presse le bouton, cela ne fait qu’intensifier davantage le courant.

 

L’institut Tsomet s’est, en cela, appuyé sur de nombreux décisionnaires, selon lesquels l’électricité est interdite au titre du fait d’engendrer de nouvelles choses (molid), si bien que, selon ces vues, l’intensification du courant n’est pas interdite. De même, si l’on se place du point de vue du ‘Hazon Ich, pour qui l’électricité est interdite au titre de la mélakha de construire (boné) : si le circuit électrique existe déjà, le fait d’y ajouter du courant n’est pas interdit. D’après cela, on pourrait permettre le scooter pour personnes à mobilité réduite. Mais pour le Rav Kook et ceux qui partagent son avis – cf. supra § 2 –, ajouter au courant est un interdit toranique. Généralement, l’institut Tsomet s’appuie sur les décisions du Rav Chelomo Zalman Auerbach, du Rav Neuwirth et du Rav Ovadia Yossef, comme il apparaît dans de nombreux articles de la revue Te’houmin.

 

Selon certains auteurs, le statut de grama ne s’applique pas à ces appareils, puisqu’ils ont été conçus pour cet usage ; les activer ne diffère pas d’une activation électrique ordinaire. De plus, disent-il, cela constitue une brèche dans la muraille du Chabbat. C’est ce qu’écrivent le Tsits Eliézer XXI 13, le Or’hot Chabbat 29, 27, le Chevout Yits’haq, chap. Grama 15, 15 au nom du Rav Yossef Chalom Elyachiv, le ‘Hout Chani I p. 206 et le Binyan Av 4, 17. C’est aussi ce que l’on peut inférer des responsa Chout A’hiézer III 60.

 

Tous ces motifs d’interdiction ont lieu d’être, à plus forte raison, dans le cas du scooter pour personnes à mobilité réduite. Car pour le Rav Kook – que la mémoire du juste soit bénie – et ceux qui partagent son avis, l’intensification du courant elle-même est interdite par la Torah (cf. supra § 2) ; et pour les autres décisionnaires, puisque ce scooter se déplace comme les jours de semaine, sa mise en marche est interdite. De plus, ces décisionnaires interdisent ce scooter au motif que son utilisation serait une brèche dans la muraille du Chabbat et une atteinte à l’honneur du jour.

 

En pratique, il semble, d’après ce que nous avons vu au chap. 9 § 9, que pour permettre le mode de grama, la première condition est que l’acte de l’homme soit exécuté d’une manière qui diffère de l’exécution habituelle de la mélakha ; donc, tant qu’aux yeux des gens un appareil semble fonctionner de façon habituelle, il n’y a pas lieu d’en autoriser l’usage. Ce n’est donc que dans le cas où il y a une longue latence, d’une manière particulièrement significative et visible, rendant l’usage entièrement différent de celui des jours de semaine, que l’on pourra considérer l’acte comme étant exécuté de manière inhabituelle ; alors, si l’activation se fait sur le mode indirect, c’est-à-dire par le retrait de l’obstacle, le scannage ou la prolongation d’une situation en cours, l’acte sera permis, en cas de grande nécessité, au titre de grama. Cf. Har’havot.

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