08. Contrainte exercée pour que soit accomplie la mitsva

Le Choul’han ‘Aroukh (Even Ha’ézer 1, 3) décide : « C’est une mitsva pour tout homme que de se marier à dix-huit ans (…). Mais en aucun cas on ne doit dépasser l’âge de vingt ans sans femme. Si un homme a atteint l’âge de vingt ans, et qu’il ne veuille pas se marier, le tribunal rabbinique (beit-din) le contraint à se marier, afin qu’il accomplisse la mitsva de croître et de multiplier. » Comment cette contrainte s’exerce-t-elle ? Selon le Rif et Maïmonide, par flagellation. Selon Tossephot et le Roch, par des remontrances et des pénalités : par exemple, l’interdit fait à la communauté de commercer avec lui, ou de l’employer ; pour autant, on ne le bat pas, ni ne l’excommunie (Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 154, 21).

De prime abord, il y a lieu de se demander comment il est possible de contraindre quelqu’un d’accomplir cette mitsva, alors que le mariage doit procéder de l’amour et de la volonté ; comment peut-on donc forcer quelqu’un à épouser une femme ? Certes, il est évident que l’on ne contraignait pas un homme à épouser une femme qu’il n’avait pas choisie ; mais les sages ont voulu exprimer une position de principe, d’après laquelle l’homme a l’obligation de se marier, obligation qui doit être remplie au plus tard à vingt ans, afin d’accomplir la mitsva de procréer ; et, en principe, le tribunal rabbinique doit l’y contraindre. Toutefois, en pratique, ce n’est que dans des cas rares qu’un tribunal rabbinique a pu se mêler de ces choses. Par exemple, si un célibataire avait créé des relations de proximité affectueuse avec une jeune fille, et qu’ils fussent même d’accord pour se marier l’un à l’autre, mais que le garçon repoussât le mariage sous différents prétextes, le tribunal rabbinique le contraignait à se marier (Roua’h ‘Haïm de Rabbi ‘Haïm Falagi, Even Ha’ezer 1, 12).

En général, le débat sur la contrainte avait lieu lorsqu’un homme voulait épouser une femme qui ne pouvait pas enfanter. Une question a ainsi été adressée au Rivach (Responsa 15), qui vivait il y a environ six cent cinquante ans à Alger : un certain célibataire voulait épouser une femme âgée, qui avait beaucoup d’argent. Le tribunal rabbinique de sa ville voulut l’en empêcher, car il n’aurait pu accomplir avec elle la mitsva de croître et de multiplier. Cependant, le Rivach répondit aux juges que, depuis de nombreuses générations, il n’était plus de coutume d’exercer de contrainte, en matière de mariage, car la contrainte en cette matière risquerait d’entraîner de nombreuses disputes. (La question des époux qui, mariés depuis dix ans, n’ont pas enfanté, sera exposée ci-après, chap. 6 § 7-8).

En résumé, selon le Choul’han ‘Aroukh, on fait usage de la contrainte pour que la mitsva de procréer s’accomplisse ; mais comme nous l’avons vu, en pratique, ce n’est que dans des cas rares, où il existait une mise en échec patente de la mitsva, que le tribunal rabbinique, autrefois, contraignait à son accomplissement. Selon le Rivach et le Rama, même dans ces cas, on ne contraint pas à l’accomplissement de la mitsva de procréer (Even Ha’ezer 1, 3). En pratique, c’est en ce dernier sens que l’usage est fixé.

Quand un homme ne trouve pas de femme qui lui convienne, bien qu’il y ait une femme qui, certes, accepterait de l’épouser – femme dont il ne veut pas –, il n’a pas l’obligation de transiger. Il continuera à chercher une épouse qui lui convienne, bien qu’il ait déjà atteint l’âge où le mariage lui est une obligation (Yafé Lalev IV Even Ha’ezer 1, 13). Cependant, s’il se laisse prendre à des illusions, et cherche une femme qui n’existe pas dans la réalité, ou bien une femme telle qu’il est vraisemblable qu’elle ne serait pas d’accord pour l’épouser, c’est bien lui qui est coupable de rendre impossible l’accomplissement de la mitsva. Pour résoudre des problèmes de ce genre, nos maîtres on prescrit : « Fais-toi un maître et acquiers un camarade » (Maximes des pères 1, 6), afin que ceux-ci puissent conseiller la personne, et parfois même la réprimander pour ses erreurs. Plus le célibataire est âgé, plus il lui faut se presser d’accomplir la mitsva, en étant prêt à transiger, car, à ce qu’il semble, il ne s’agit pas réellement de renoncement, mais de simple adéquation au réel.

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