17. Placer un plat dans un four électrique ; cuisiner au moyen d’une minuterie de Chabbat

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    Si, à la veille de Chabbat, on souhaite placer dans un four électrique un plat qui n’est pas encore bien cuit, il faut accomplir un acte propre à se souvenir du Chabbat, celui-ci venu, afin que l’on n’en vienne pas à augmenter le feu. Une possibilité consiste à placer une plaque de métal ou une feuille de papier aluminium épais sous la marmite, afin d’établir une séparation supplémentaire entre les éléments chauffants et la casserole. Grâce à cet acte, qui a pour effet d’atténuer la chaleur parvenant au plat, le Chabbat se rappellera à notre souvenir, et l’on s’abstiendra d’augmenter la chaleur du four. La deuxième possibilité est de recouvrir les boutons qui commandent l’intensité de la chaleur du four[16].

Cependant, le cas du four présente un autre problème : s’il est à thermostat, certains estiment qu’il est interdit d’en ouvrir la porte pendant Chabbat, de crainte que l’ouverture n’active le chauffage (cf. infra chapitre 17 § 8, note 8). Afin que l’utilisation du four soit permise aux yeux de tous, on a équipé de nombreux fours d’un bouton spécial que l’on peut régler sur position Chabbat, qui fait fonctionner le four à température basse et constante, de manière que l’ouverture de la porte n’ait pas d’influence sur son fonctionnement.

L’utilisation d’une bouilloire électrique de Chabbat est permise, mais il est bon de veiller à ce que l’eau parvienne à ébullition avant Chabbat, et il est recommandé de se servir d’une bouilloire sans thermostat. Quand la bouilloire est sur thermostat, il convient de se servir en eau au moment où l’élément chauffant fonctionne (cf. chap. 17, note 8). Il est interdit de se servir d’une bouilloire dans laquelle, au moment où l’on se sert en eau chaude, de l’eau froide vient la remplacer, qui cuit (cf. infra § 24)[17].

Si l’on s’en tient à la stricte règle, il est permis d’enfourner un plat cru avant l’entrée de Chabbat, et de régler une minuterie de Chabbat qui provoquera l’allumage du four une heure avant le repas, de manière que le plat cuise à l’approche du repas ; cela, à condition que l’on recouvre préalablement les boutons commandant le fonctionnement du four. De même, il est permis de mettre de la farine, de l’eau et d’autres ingrédients dans une machine à pain, avant Chabbat, et de régler cette machine pour qu’elle commence à pétrir et à cuire au matin de Chabbat, afin que la cuisson s’achève à l’approche du repas matinal ; cela, à condition que l’on en recouvre les boutons. En pratique, certains décisionnaires tranchent en ce sens. Face à eux, d’autres interdisent cela formellement, de crainte que l’on n’en vienne à cuire véritablement pendant Chabbat[18].


[16]. Les fours (tanour) de l’époque de la Michna étaient très chauds, et il n’était pas autorisé d’y déposer des plats qui ne fussent convenablement cuits. Mais dans les réchauds (kira), moins chauds, nos maîtres le permettaient, à condition de ratisser ou de recouvrir préalablement les braises (Chabbat 38b). Quant aux fours domestiques d’aujourd’hui, qu’ils soient grands ou petits, leur niveau de chaleur n’est pas si élevé, et on les assimile aux réchauds d’autrefois (Rama 253, 1 ; Michna Beroura 28). Toutefois, il reste à craindre que l’on n’en vienne à « remuer les braises », c’est-à-dire à augmenter la chaleur. La solution, s’agissant de braises, nous est donnée par la Michna (36b) : les recouvrir avec de la cendre, de manière à atténuer leur chaleur. Dans un four électrique, on fera l’équivalent en installant une boîte métallique à l’intérieur du four, ou en tapissant intérieurement le four de papier aluminium épais, qui fera écran entre les résistances chauffantes et l’ustensile [en plus de l’écran constitué par le plateau ou la grille où sont ordinairement posés les ustensiles]. C’est ce qu’écrit le Chevout Yits’haq II 7, 3 au nom du Rav Yossef Chalom Elyachiv. Selon le Az Nidberou VIII 16 et le Or lé-Tsion II 17, 4, il suffit de placer un élément de séparation [tôle ou papier aluminium épais] entre la base du four [c’est-à-dire entre le plateau ou la grille employés ordinairement] et la casserole ; et l’on peut s’appuyer sur leur avis (en l’associant à l’opinion indulgente mentionnée en note 13).

 

La seconde méthode consiste à recouvrir les boutons. Bien que cet acte ne ressemble pas au recouvrement des braises, cela joue en pratique le même rôle de rappel de ne point augmenter le feu. (S’agissant d’un four, on peut se fier davantage au recouvrement des boutons, car de toute façon, le feu en tant que tel est caché et couvert.) C’est ce qui ressort de : Har Tsvi, Ora’h ‘Haïm 1, 136, Yabia’ Omer X 26, 1, Chémech Oumaguen II 62 ; c’est aussi ce qu’écrit le Menou’hat Ahava I 3, 7 et telle est la position du Rav Halperin. Le Or’hot Chabbat 2, 15 permet cela dans le cas où l’on a fixé les boutons de manière à ne pas pouvoir les tourner. Nous avons vu en note 13 que certaines opinions sont plus indulgentes, dans la mesure où il n’est pas à craindre que le feu s’atténue, mais on n’a pas coutume de les suivre en cela.

[17]. La nécessité que l’eau bouille à la veille de Chabbat répond à deux préoccupations. La première : certains estiment que la bouilloire électrique de Chabbat est considérée comme un feu dont les braises ne sont ni ratissées ni recouvertes ; par suite, l’interdit de chehiya (placer des aliments dont la cuisson n’est pas achevée) s’y applique (Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 46 ; Hilkhot Chabbat Béchabbat 5, 26, Or’hot Chabbat 2, 32. Toutefois, s’il est impossible d’augmenter le degré de chauffage, l’interdit est levé, selon le Min’hat Yits’haq V 91 et le Chévet Halévi V 30. De même, si l’on recouvre le bouton qui règle la chaleur, l’interdit de chehiya ne s’applique pas, de l’avis de nombreux auteurs – cf. cas parallèle en note 16. Même quand il est possible d’augmenter la chaleur, certains auteurs sont indulgents, comme on le voit en note 13).

 

La deuxième préoccupation : si, pendant Chabbat, on se sert avant que l’eau n’ait jamais bouilli, on hâtera par cela la cuisson de l’eau restante (Hilkhot Chabbat ad loc. ; Or’hot Chabbat 2, note 39).

 

Si le robinet de la bouilloire électrique se trouve vraiment dans sa partie inférieure, il est interdit de s’en servir car on craint que, une fois la réserve d’eau épuisée, on n’en vienne à y mettre de l’eau froide (de peur que la bouilloire ne se détériore), comme le rapporte le Michna Beroura 318, 68. Le ‘Hout Chani 26, 5 et le Avné Yachfé 5, 50 interdisent l’utilisation d’une telle bouilloire, même quand le robinet est placé plus haut, de crainte que l’on ne provoque, en la penchant, l’épuisement de l’eau, ou encore que l’eau ne s’évapore. Mais les autres décisionnaires que nous avons mentionnés ne tiennent pas compte de cette crainte.

[18]. Le Tsits Eliézer II 6 et le Min’hat Yits’haq IV 26 interdisent de poser, à la veille de Chabbat, un plat sur une plata éteinte [et réglée sur minuterie pour s’allumer pendant Chabbat], même si ce plat est entièrement cuit, de crainte que l’on n’en vienne, durant Chabbat, à poser sur une telle plata un aliment qui n’est pas cuit, transgressant ainsi un interdit toranique. Les responsa Melamed Leho’il 58 et le Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 32 permettent de poser sur une plata éteinte, la veille de Chabbat, un plat dont la cuisson est terminée, mais interdisent d’y poser un plat dont la cuisson n’est pas terminée, de crainte que l’on ne pose un tel plat sur une plata pendant Chabbat.

 

Ceux qui autorisent à poser sur une plata éteinte, à la veille de Chabbat, un plat dont la cuisson n’est pas achevée sont : le Rav Chelomo Zalman Auerbach (Min’hat Chelomo 2, 34), le Or lé-Tsion (II 30, 18) et le Rav Ovadia Yossef (Yabia’ Omer X 26, lequel mentionne d’autres A’haronim qui pensent de même). La question de la machine à pain se présente de la même façon. Cf. Har’havot.

 

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