13. Ajouter de l’eau à un plat posé sur la plaque chauffante afin qu’il ne brûle pas

Quand le liquide qui se trouvait dans une marmite de cholent ou de tafina placée sur la plaque chauffante s’est évaporé, et que l’on peut craindre que le plat ne brûle, il est interdit d’y ajouter de l’eau froide, puisque celle-ci y cuirait. En revanche, s’il y a aussi sur la plaque une bouilloire contenant de l’eau chaude, il est permis de verser de l’eau chaude de la bouilloire vers la marmite. Si la bouilloire est dotée d’un robinet, on peut enlever la marmite de cholent de la plaque et y verser de l’eau chaude par le biais de ce robinet. Si la marmite est réservée aux aliments carnés (bassari), tandis que la bouilloire est neutre (parvé), il faut ouvrir le couvercle de la marmite durant environ dix secondes, afin que l’abondante vapeur qui s’y trouve s’échappe et se disperse ; ce n’est qu’ensuite qu’on rapprochera quelque peu la marmite du robinet, de façon que la vapeur ne monte qu’en faible quantité vers la bouilloire. Quand il est difficile de verser directement de la bouilloire vers la marmite, on peut recueillir l’eau chaude dans un verre et verser celui-ci dans la marmite. En effet, tant que la température de l’eau atteint le degré de yad solédet bo, la grande majorité des décisionnaires s’accordent à dire que l’interdit de bichoul ne s’applique pas. Tel est l’usage de la majorité des communautés juives, parmi lesquelles les Ashkénazes, les Yéménites et les Nord-Africains (Michna Beroura 253, 84, Yalqout Chémech 88 ; Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 17).

Certains auteurs estiment qu’il est interdit d’ajouter de l’eau chaude à la marmite qui se tient sur la plaque car, selon eux, ce qui importe n’est pas la température de l’eau mais le statut de celle-ci : tant qu’elle se trouve dans la bouilloire, l’eau a le statut du keli richon qui la contient ; mais lorsqu’on la déversera, elle passera du statut d’aliment contenu dans un keli richon, capable de provoquer la cuisson, au statut de ‘érouï keli richon (jet provenant du keli richon), lequel ne peut provoquer la cuisson[i]. Si bien que, quand cette eau entrera dans la marmite, elle cuira, et retrouvera son statut d’aliment contenu dans un keli richon. Certains Séfarades ont coutume de tenir compte de cette opinion (Ye’havé Da’at IV 22). Quant aux Séfarades qui souhaiteraient être indulgents, conformément à la majorité des décisionnaires, ils ont sur qui s’appuyer (Or lé-Tsion II 17, 8 ; cf. Menou’hat Ahava I 3, 15)[12].


[i]. Si ce n’est en superficie (kedei qlipa).

 

[12]. Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir ce que pense véritablement le Choul’han ‘Aroukh 253, 4. Selon le Maguen Avraham, le Taz, le Elya Rabba, le Peri Mégadim et le Eglé Tal, le Choul’han ‘Aroukh penche pour l’indulgence : tant que la température de l’eau chaude s’élève au degré de yad solédet bo, on peut la déverser dans la marmite de cholent. Face à eux, d’autres auteurs disent que le Choul’han ‘Aroukh est rigoureux, conformément à l’avis d’une partie des Richonim (Rabbénou Yona, dans son second motif, et Rabbénou Yerou’ham) : selon eux, puisque, lors du déversement, l’eau perd le statut d’aliment contenu dans un keli richon, et ne peut plus entraîner la cuisson autrement qu’en superficie, il est interdit de déverser cette eau dans un nouveau keli richon. C’est l’avis du Lev ‘Haïm 1, 99, du Ye’havé Da’at IV, 22 et du ‘Assé Lekha Rav 6, 28. Ce que l’on peut conseiller à ceux qui suivent cette coutume est de remplir un sachet d’eau, de bien le fermer, et de le placer dans la marmite [avant Chabbat]. Si le plat vient à sécher, on percera le sachet, et l’eau chaude s’y déversera.

 

Cette directive rigoureuse est conforme à l’opinion selon laquelle, en matière de liquides, « il y a cuisson après cuisson » (cf. supra § 5-6). Mais pour ceux qui estiment qu’il n’y a pas cuisson après cuisson, s’agissant même de liquides, il n’y a évidemment aucun interdit ; telle est la coutume yéménite. Quant à l’usage ashkénaze : tant que l’eau conserve de la chaleur, il n’est pas interdit de rehausser cette chaleur au degré de yad solédet bo. Telle est la position, indulgente, du Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 17. Tel est aussi l’usage d’Afrique du Nord, comme le rapporte le Yalqout Chémech 88.

 

Au premier abord, si la marmite où mijote le cholent est réservée aux aliments carnés (bassari), il est problématique de la placer sous le robinet de la bouilloire pour que l’on y verse de l’eau. En effet, de la vapeur montera de la marmite bassari, ce qui devrait rendre la bouilloire elle-même bassari ; or si l’on prenait ensuite de l’eau chaude pour son café [et que l’on ajoutait du lait à celui-ci], on transgresserait l’interdit du mélange carné/lacté (bassar be’halav). Toutefois, cette vapeur au goût de viande s’annule au sein de l’eau chaude de la bouilloire, si celle-ci est en quantité soixante fois supérieure (batel bechichim). De plus, l’eau de la bouilloire n’aura contracté le goût de la viande que de manière indirecte (nat bar nat), cas dans lequel il n’y a pas d’interdit. En outre, selon le Ba’h et Rabbi Aqiba Eiger, si l’humidité peut se propager dans l’air, elle ne va pas exclusivement dans la bouilloire qui la surplombe. Néanmoins, afin de limiter l’introduction de vapeur dans la bouilloire, on ouvrira le couvercle de la marmite pendant une dizaine de secondes avant de la rapprocher de la bouilloire ; on s’efforcera aussi de ne pas placer la marmite très près de la bouilloire. Mais même si l’on n’a pas procédé ainsi, la bouilloire n’est pas pour autant considéré comme bassari, comme nous l’expliquons dans les Har’havot.

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