21. S’il est permis de remettre des plats dans un four

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Si l’on a sorti un plat du four chaud où il se trouvait, afin de se servir, il est interdit de l’y remettre, cela pour deux raisons. Premièrement, aucun élément spécifique n’a été placé pour réduire la température du four[m] ; il est donc à craindre qu’en remettant le plat, on n’oublie que c’est Chabbat, et que l’on n’en vienne à augmenter la chaleur. Deuxièmement, cet acte ressemble à un acte de cuisson (niré kimevachel). En revanche, si, avant Chabbat, on a déposé dans le four une boîte à quatre côtés, il sera permis de remettre le plat dans la boîte car, de cette manière, il n’est pas à craindre d’augmenter la chaleur ; cela ne ressemble pas non plus au fait de cuire, puisqu’il n’est pas habituel de cuire dans une telle boîte. Il semble que l’on puisse être également indulgent dans le cas où l’on pose, sur la base intérieure du four, une assiette renversée ou un moule renversé[n] au-dessus duquel on remettra le plat à chauffer ; ou bien encore dans le cas où l’on recouvre les boutons du four[23].

Tout ce que nous venons de dire doit être associé aux conditions de la ha’hzara, que nous avons vues au paragraphe 19. En effet, dans la mesure où le plat est au four et qu’on l’en sort pour l’y remettre ensuite, la procédure ne ressemble pas au fait de cuire. En revanche, il est interdit de prendre un plat froid et de le mettre dans un four chaud (hana’ha), car cela ressemble à un fait de cuisson.

Si le four est mis en marche par une minuterie sabbatique, il est permis d’y placer des plats entièrement cuits, tandis que le four est froid, afin qu’ils puissent se réchauffer lorsque le four se mettra en marche. On ne considère pas que cela ressemble au fait de cuire, car c’est au moment où le four est froid que l’on y met les plats. Pour lever la crainte d’en venir à augmenter la chaleur, il faut cacher les boutons, ou déposer le plat sur un moule renversé. Certains décisionnaires, il est vrai, interdisent cela car, à leur avis, même quand le four est froid, y mettre un plat dans le but qu’il chauffe ressemble à un acte de cuisson. Toutefois, en pratique, on peut s’appuyer sur l’opinion indulgente, puisque cette règle est de rang rabbinique[24].

Certains disposent autour de la plata un encadrement métallique, afin de maintenir sa chaleur. À l’intérieur de ce cadre, il est permis de remettre des plats que l’on a ôtés de la plata. Cela ne ressemble pas à un acte de cuisson, car on n’a pas l’habitude de cuire dans un tel cadre, qui n’est conçu que pour aider à la conservation de la chaleur d’aliments cuits, placés sur la plata (Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 79). Ceux qui ont l’usage de poser sur la plata des plats froids dont la cuisson est achevée (comme nous l’avons vu au paragraphe 18) sont également autorisés à les poser sur une telle plata ; ceux qui suivent l’opinion rigoureuse sont autorisés à poser ces plats au-dessus d’une assiette renversée. Poser des plats à l’intérieur d’un tel cadre n’enfreint pas l’interdit d’enfouissement (hatmana), car ce dernier ne s’applique que lorsqu’il y a contact complet entre la marmite et l’élément dans lequel elle est enfouie ; or dans notre cas, la marmite ne touche pas de tout côté les parois du cadre métallique.


[m]. Quand, dans un feu traditionnel, on recouvre les braises, on en atténue la chaleur ; cet acte, accompli la veille de Chabbat, est destiné à servir de rappel visuel pendant Chabbat, afin de ne pas en venir à attiser le feu. Dans les fours contemporains, aucune structure spécifique n’est prévue, qui puisse ainsi servir de rappel visuel.

 

[n]. Cet élément est destiné à constituer un écran supplémentaire entre les résistances chauffantes et le plat à réchauffer.

 

[23]. Il est interdit de remettre un plat cuit dans un four chaud, cela pour deux raisons : on craint d’en venir à « remuer les braises » (augmenter le feu), et l’acte ressemble à une cuisson. C’est ce qu’écrivent le Chemirat Chabbat Kehikhata 1, 19 et le Min’hat Yits’haq III 28. Mais si l’on dépose une boîte dans le four, et que l’on remette l’aliment à chauffer dans cette boîte, le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 74, Bichoul 27, l’autorise. En effet, après avoir fait un acte de nature à atténuer la chaleur, il n’est plus à craindre d’oublier le Chabbat et d’augmenter la chaleur. Cela ne ressemble pas non plus à un acte de cuisson. C’est l’opinion du Hilkhot Chabbat 5 (ha’hzara 25) au nom du Rav Yossef Chalom Elyachiv. Le Chabbat Kahalakha I 9, 36 permet même de remettre le plat à chauffer si l’on a déposé un moule renversé, car, de cette façon, on atténue la chaleur (ce qui revient à « couvrir les braises »), et l’on manifeste aussi que l’on n’a pas l’intention de cuire. Selon le ‘Aroukh Hachoul’han 253, 17, quoi qu’il en soit, il n’est pas à craindre, de nos jours, que le fait de remettre un plat à chauffer dans un four ressemble à un acte de cuisson.

 

Lorsque nous disions qu’il était toujours interdit de remettre un plat cuit dans un réchaud (kira), c’est parce qu’autrefois on avait l’habitude de cuire à l’intérieur du réchaud, tandis que, lorsqu’on voulait réchauffer un plat, on le déposait sur le réchaud. Aussi, remettre un plat à l’intérieur du réchaud ressemble-t-il à un acte de cuisson. Cependant, nos fours modernes ne sont pas conçus pour que l’on dépose des plats au-dessus d’eux ; dès lors, c’est à l’intérieur que l’on y met les plats, même pour les simples besoins d’un réchauffage. Par conséquent, le fait d’introduire un plat à l’intérieur d’un four n’est pas nécessairement un acte de cuisson. C’est ce qu’écrivent le Chévet Halévi III 48 et le Menou’hat Ahava I 3, 8. Toutefois, il reste à faire un acte correspondant au traditionnel couvrement des braises, afin de nous rappeler de ne point augmenter le feu. À cette fin, le Chévet Halévi prescrit de déposer un moule qui fasse écran entre les résistances chauffantes, placées à la base du four, et le plat ; le Menou’hat Ahava prescrit de recouvrir les boutons. Le Yalqout Yossef 253, 8 autorise à remettre le plat à chauffer, même sans moule renversé ni recouvrement des boutons car, de son point de vue, les résistances chauffantes non apparentes sont considérées comme déjà recouvertes, et il n’est pas à craindre d’en venir à augmenter la chaleur ; cela, à condition de respecter les conditions de la ha’hzara.

 

[24]. Dans son livre Cacheroute et Chabbat dans la cuisine moderne, le Rav Lévi Yits’haq Halperin autorise cela car, quand le dépôt du plat dans le four se fait au moment où le four est froid, cela ne ressemble pas à un acte de cuisson. Quant à la crainte d’en venir à augmenter le feu, on doit la supprimer en recouvrant les boutons, ou en les retirant. A priori, il est préférable de faire fonctionner le four à feu plus bas que la température généralement admise pour cuire, comme le rapporte Pniné Horaa p. 113. C’est également la position du Rav Dov Lior. Dans une certaine mesure, le Yabia’ Omer X 26 est plus indulgent encore. Le ‘Hazon Ich 38, 2, en revanche, interdit cela ; cette position rigoureuse est partagée par Min’hat Yits’haq IV 26, 10, Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 32, Or’hot Chabbat 2, 68, Hilkhot Chabbat Béchabbat p. 251, Chevout Yits’haq II 9, 1-2. Cf. Har’havot sur § 17.

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