18. Poser un plat pendant Chabbat (hana’ha) ; ne rien faire qui ressemble à un acte de cuisson

Après avoir abordé la question du dépôt (chehiya) d’un plat à la veille de Chabbat, nous étudierons à présent celle de la pose (hana’ha) d’un plat, pendant Chabbat, en un lieu où il puisse se réchauffer. Comme nous l’avons vu (§ 3), le principe est que la cuisson d’aliments est interdite pendant le Chabbat, mais que réchauffer des aliments est permis : puisque ces aliments ont déjà cuit à la veille de Chabbat, aucun interdit ne s’y applique plus, puisqu’il n’y a pas de cuisson après cuisson. Il est donc permis, pendant Chabbat, de sortir du réfrigérateur des aliments froids mais entièrement cuits, tels qu’une escalope froide, du kougel (gâteau de pâtes) ou des borékas[k], et de les réchauffer. S’agissant des plats liquides, les décisionnaires sont partagés (comme nous l’expliquons aux paragraphes 5 et 6). Toutefois, même quand on réchauffe des aliments cuits, les sages interdisent de le faire d’une manière qui ressemble à une cuisson, de crainte qu’en faisant des actes ressemblant à une cuisson, on n’en vienne à oublier le Chabbat et à attiser le feu, transgressant ainsi un interdit toranique. Il est donc interdit, le Chabbat, de réchauffer sur un feu découvert l’aliment cuit, car tel est le mode habituel de cuisson.

En revanche, quand il est clair que le mode de réchauffage choisi n’est pas un mode normal de cuisson, il est permis de réchauffer. Il est ainsi permis de déposer une casserole, qui contient un aliment cuit, sur une autre casserole ou sur une bouilloire, elles-mêmes placées sur le feu, car ce n’est pas un mode habituel de cuisson.

Toutefois, les décisionnaires sont partagés quant au fait de placer directement le plat cuit sur la plata ou sur la plaque de cuivre dont on recouvre les feux.

Beaucoup estiment qu’il est interdit de poser sur une plata ou sur une plaque de cuivre, le Chabbat, un plat dont la cuisson est achevée, car placer un aliment sur une source de chaleur ressemble à un acte de cuisson. En revanche, si l’on place, sur la plata ou sur la plaque de cuivre, une marmite ou une assiette renversée, il sera permis de poser sur elle un aliment cuit, car ce n’est pas un mode normal de cuisson que de placer une séparation entre la source de chaleur et l’aliment. En pratique, on peut même se contenter d’un couvercle comportant une petite cavité (tel le couvercle d’une boîte soluble), qui servira de séparation entre la plata et l’aliment. Un simple papier aluminium ne constitue pas une séparation, car il ne ménage pas d’espace entre la plata et le mets ; il est donc interdit, suivant cette opinion rigoureuse, d’y déposer un aliment cuit.

D’autres sont indulgents : puisque l’on n’a pas l’habitude de cuisiner sur une plata ou sur une plaque de cuivre mais seulement sur un feu découvert, le fait de poser un plat sur la plata ou sur la plaque de cuivre ne ressemble pas à un acte de cuisson. Aussi est-il permis d’y poser, pendant Chabbat, de la nourriture cuite. Certains sont indulgents en ce qui concerne la plata, qui n’est destinée qu’au réchauffage, mais sont rigoureux s’agissant de la plaque de cuivre, dont la chaleur est grande, et où il est possible de cuire[19].

En pratique, puisque de nombreux décisionnaires sont rigoureux, il est bon de l’être en s’abstenant de poser directement  sur la plata ou sur la plaque de cuivre une marmite contenant un mets cuit. Ceux qui souhaitent être indulgents y sont autorisés, puisque cette règle est de rang rabbinique, que plusieurs décisionnaires importants sont indulgents en cette matière et que leur thèse se tient. Si l’on vient d’une famille où l’on avait en la matière un usage précis, il est recommandé de poursuivre cet usage.

Quand il est clair qu’il n’est pas d’usage de cuire sur telle source de chaleur, par exemple sur un radiateur, et quoiqu’il puisse être très chaud, il est permis d’y placer un aliment entièrement cuit, puisque l’y placer ne ressemble pas à un fait de cuisson (Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 74, chap. Bichoul 34). De même, il est permis de déposer sur un poêle à pétrole ou à gaz destiné au chauffage domestique un plat dont la cuisson est achevée, à condition qu’un élément fasse écran entre la source de chaleur et les aliments, et que l’on n’ait pas l’habitude, les jours de semaine, d’y mettre des aliments ni une bouilloire pour la boisson. En revanche, si l’on a l’usage d’y mettre une bouilloire ou une casserole pendant la semaine, le statut de cette source de chaleur est assimilé au feu d’un gaz domestique : selon la majorité des décisionnaires, il faut d’abord y mettre un moule renversé, sur lequel on pourra faire réchauffer le plat. Selon l’opinion indulgente, il suffit d’y placer une plaque de cuivre, puis l’aliment sur celle-ci.


[k]. Poches salées, fourrées d’épinards, de pomme de terre, de saucisses etc.

[19]. L’opinion rigoureuse est celle de : Rav Chelomo Zalman Auerbach, Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 30 et notes 63 et 83, Or lé-Tsion II 17, 1, Chévet Halévi I 91, le Rav Mazouz (cf. Menou’hat Ahava II 10, 28). Le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm I 93 s’exprime dans le même sens en ce qui concerne une plaque de métal [recouvrant un feu] sur laquelle il serait possible de cuisiner. C’est aussi l’avis du Kaf Ha’haïm 253, 11 concernant la plaque de métal. Selon eux, le statut de la plata est semblable à celui d’un réchaud dont les braises sont recouvertes, où il est interdit de déposer des plats pendant Chabbat sans séparation supplémentaire : en effet, le recouvrement des braises est efficace pour lever la crainte d’en venir à attiser le feu, mais poser un plat sur un tel réchaud, pendant Chabbat, ressemblerait à un acte de cuisson (niré kimevachel).

 

Le ‘Hazon Ich (37, 9, 11) est plus rigoureux encore, que le dépôt sur la plaque soit fait avant ou pendant Chabbat. Selon lui, la plaque [de tôle] ne doit pas être considérée comme un feu couvert, car elle est une source de chaleur que rien d’autre ne recouvre, si bien qu’il est à craindre que l’on n’augmente le feu. C’est aussi l’avis du Rav Mordekhaï Elyahou en matière de plata électrique ; de plus, selon le Choul’han ‘Aroukh 253, 1, il est interdit de déposer sur des braises un plat dont la cuisson est achevée, cela au titre de l’interdit d’enfouir les aliments pour qu’ils gardent leur chaleur (hatmana). Selon le Rav Elyahou, même quand la base de la marmite est posée sur un élément qui ajoute à sa chaleur [comme c’est le cas, ici, de la surface chaude de la plata], cela s’assimile à l’enfouissement interdit. Pour permettre l’utilisation de la plata, il faut encore ajouter une plaque de métal afin de créer un espace supplémentaire entre la source de chaleur et la marmite. (Le Or lé-Tsion II 17, 1 repousse cette thèse car, selon lui, le Choul’han ‘Aroukh n’est rigoureux que dans le cas où la marmite est enfoncée dans les braises, mais non dans le cas où l’on pose le plat sur un corps chaud solide.) Le Rav Kapah, dans son commentaire sur Maïmonide, Chabbat 3, 12, est rigoureux dans le cas où le dépôt se fait pendant Chabbat, mais non dans le cas où il se fait avant Chabbat.

 

L’opinion indulgente est représentée par le Ye’havé Da’at (II 45), au nom de plusieurs A’haronim, et le Menou’hat Ahava II 10, 28. Le Tsits Eliézer VIII 26, 5 penche en ce sens, et écrit que telle était l’opinion du Ravi Tsvi Pessa’h Frank. Selon eux, le fait de poser un plat sur la plata ne ressemble pas à un fait de cuisson, car la plata est assimilable au réchaud dont les braises sont couvertes, puisqu’elle est en elle-même dotée d’une couverture supplémentaire. Certains auteurs ne sont indulgents qu’en matière de plata électrique [et non de plaque de métal], car la plata ne prête pas à ressemblance avec l’acte de cuisson, dans la mesure où elle est précisément conçue pour le réchauffage et non pour la cuisson. Son statut est assimilable à l’endroit qui jouxtait le feu, à l’époque du Talmud [endroit où il est possible de chauffer, mais où il est impossible de cuire] (Igrot Moché, Ora’h ‘Haï IV 74, chap. Bichoul 35 ; Rav Dov Lior).

 

Quand nous disions que, selon l’usage rigoureux, on peut déposer une assiette renversée qui fasse écran entre la plata (ou la plaque de métal) et le plat, nous nous appuyions sur le Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 44, note 126, au nom du Michna Beroura 253, 81. (Toutefois, pour le ‘Hazon Ich, le dépôt n’est autorisé pendant Chabbat qu’au-dessus d’une marmite contenant elle-même de la nourriture. En revanche, il est interdit selon lui de placer un plat au-dessus d’une marmite vide, elle-même posée sur la plata : ce dispositif serait assimilé à deux plaques de tôle placées sur le feu, système inefficace pour faire disparaître la ressemblance avec un acte de cuisson.)

 

Il semble qu’un simple couvercle de café soluble suffise pour éloigner la ressemblance avec un acte de cuisson. De plus, on peut tenir compte de l’opinion des décisionnaires indulgents pour l’associer à la position rigoureuse.

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