23. Enfouissement effectué sur une plata; mijoteuse

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Il est interdit d’envelopper dans une serviette ou une couverture les marmites qui sont posées sur la plata, même la veille de Chabbat. Certes, la serviette ou la couverture ne produit pas de chaleur de manière intrinsèque. Mais dans la mesure où la marmite est placée sur la plata, de la chaleur s’y accumule en provenance de ladite plata. Aussi, le statut applicable à la serviette ou à la couverture est-il assimilable au statut d’une hatmana faite au moyen d’une chose qui ajoute à la chaleur, enfouissement interdit dès la veille de Chabbat.

L’interdit de hatmana ne s’applique que lorsqu’on enfouit l’ustensile de tous côtés. En revanche, quand on n’enfouit pas l’ustensile de toutes parts, il n’y a pas d’interdit. Par conséquent, il est permis d’envelopper d’une serviette ou d’une couverture la majorité d’une marmite posée sur la plata, car tant que la marmite n’est pas entièrement enveloppée, l’interdit de hatmana n’est pas constitué, et il est même permis de faire cela durant Chabbat (Rama)[o]. Si l’on pose sur la marmite un large plateau, on pourra placer sur ce plateau une serviette qui entourera la marmite de tous côtés ; en effet, tant que ce qui tient lieu de couverture ne touche pas les parois de la marmite, cela n’est pas considéré comme une hatmana (Choul’han ‘Aroukh 257, 8). Il faut avoir soin de ne pas poser une serviette humide sur la marmite : en la séchant au contact de la chaleur, on enfreindrait l’interdit de liboun (nettoyage, cf. chap. 13 § 3)[26].

Certains décisionnaires interdisent de se servir d’une marmite à cuisson lente (mijoteuse, Crock-Pot®), au titre de l’interdit de hatmana, car la mijoteuse est enfouie au sein des éléments chauffants. Si le mets qui s’y trouve n’est pas cuit, cela est également interdit, selon eux, au titre de la chehiya[p] sur un feu découvert. Face à eux, d’autres estiment que l’interdit de hatmana n’est pas constitué en ce cas, puisque la partie supérieure de la mijoteuse est à découvert[q]. Quant à l’interdit de chehiya, pour ne pas le transgresser dans le cas où le mets n’est pas encore entièrement cuit, il faut recouvrir les boutons qui servent à régler la température. Telle est la halakha[27].


[o]. A condition, bien sûr, que le contenu de la marmite soit entièrement cuit.

 

[26]. Le Choul’han ‘Aroukh (253, 1 ; 257, 8) est rigoureux dans deux cas, en matière de hatmana. a) Même quand on enfouit une marmite dans une chose qui n’ajoute pas à la chaleur, par exemple dans un vêtement, dès lors que cette chose est posée sur une autre qui, elle, ajoute à la chaleur – c’est le cas d’une plata –, on considère que la marmite est, pour ainsi dire, enfouie dans la chose qui ajoute à la chaleur. b) La hatmana dans une chose qui ajoute à la chaleur est interdite, même si cette hatmana est partielle (comme l’est un enfouissement sous des braises).

 

Aussi est-il interdit, d’après le Choul’han ‘Aroukh, de recouvrir d’une serviette la marmite qui est posée sur la plata, même si le recouvrement ne se fait que d’un côté, ou seulement d’en haut, et même la veille de Chabbat, puisque cet acte est qualifié de hatmana dans une chose qui ajoute à la chaleur. C’est ce qui ressort du Menou’hat Ahava I 3, 19-20.

 

Face à cela, le Yabia’ Omer VI 33 autorise à envelopper d’une couverture, avant Chabbat, une marmite posée sur la plata, de tous côtés. En effet, selon Na’hmanide, dès lors qu’un espace sépare la source de chaleur de la casserole enfouie, celle-ci n’est pas considérée comme enfouie dans une chose qui ajoute à la chaleur. Selon le Yabia’ Omer, la plata offre un tel espace [car la partie extérieure de la plata fait écran entre la résistance chauffante et la casserole], si bien que la plata, d’une part, et la couverture, de l’autre, ne peuvent être considérées comme associées. C’est aussi l’opinion du Rav Chalom Messas (Chémech Oumaguen III, Ora’h ‘Haïm 50).

 

Le Rama présente une opinion médiane : s’il y a une source de chaleur provenant d’en bas, et même si les couvertures, par en haut, n’ajoutent pas à la chaleur, celles-ci sont considérées comme une chose ajoutant à la chaleur. En revanche, si les couvertures n’enveloppent pas la marmite de toutes parts, il n’y a pas d’interdit, car l’interdit de hatmana ne s’applique que lorsque le recouvrement est intégral, de tous les côtés de la marmite. C’est en ce sens que tranchent les décisionnaires ashkénazes, et telle est la position du Chemirat Chabbat Kehilkhata 1, 77.

 

Le Or lé-Tsion II 17, 10 est indulgent, se fondant sur l’usage, comme le Yabia’ Omer ; il précise qu’il est bon de ne pas recouvrir la marmite entièrement (ce qui revient à l’usage ashkénaze) et que, si c’est possible, il est bon d’être rigoureux comme l’est le Choul’han ‘Aroukh. Nous avons retenu ci-dessus l’opinion du Rama, qui représente la voie médiane.

 

[p]. Pose d’un plat sur un feu à la veille de Chabbat ; cf. supra § 14 s.

 

[q]. Il n’y a pas de résistance qui chauffe.

 

[27]. Ceux qui interdisent cela estiment que, si la majorité de la mijoteuse est enfouie, et à plus forte raison si elle est enfouie de toutes parts à l’exception de sa partie supérieure, il faut la considérer comme enfouie dans une chose qui ajoute à la chaleur. Aussi est-il interdit de l’actionner, même à la veille de Chabbat. Telle est l’opinion du Rav Chelomo Zalman Auerbach (Min’hat Chelomo II 34, 5) et du Or’hot Chabbat au nom du Rav Yossef Chalom Elyachiv (2, note 149). Ce n’est que si l’on place un élément qui hisse et éloigne la mijoteuse de son support chauffant, que tombe l’interdit, du point de vue de la hatmana.

 

Des décisionnaires ont encore craint que ne se pose ici la question de la chehiya. En effet, la chaleur de la mijoteuse est réglable ; il est donc à craindre que l’on n’en vienne à augmenter la chaleur, et ce n’est que si l’on recouvre les résistances chauffantes par un élément propre à en diminuer la chaleur, ou bien si le plat est entièrement cuit, que l’utilisation d’une telle mijoteuse sera permis, du point de vue de la chehiya.

 

L’opinion indulgente consiste à dire que, puisque l’ustensile n’est pas entièrement enfoui, l’interdit de hatmana ne s’applique pas (Rama 253, 1 ; Michna Beroura 48). Si le plat n’est pas entièrement cuit, il faut recouvrir les boutons. De cette façon, le feu sera considéré comme couvert, comme nous l’avons vu au sujet du four (supra § 17). C’est l’opinion du ‘Hazon ‘Ovadia, Chabbat I p. 64 et du Chévet Halévi IX 52. Or, puisqu’il s’agit d’une règle de rang rabbinique, la halakha est conforme à l’opinion indulgente. De plus, cette opinion est convaincante. Cf. Har’havot.

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