17. Retrait du rideau de l’arche ; talith et téphilines

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Avant la prière d’Arvit, on retire le rideau (parokhet) de l’arche sainte (aron), selon ce que suggère le verset : « L’Eternel a fait ce qu’Il avait résolu, Il a accompli Son arrêt » (Lm 2, 17), verset que nos sages élaborent en disant que, si l’on peut s’exprimer ainsi, « l’Eternel a déchiré son manteau[h] ». Par ce retrait, nous exprimons l’abaissement que nous connaissons depuis que le Temple fut détruit (Rama 559, 2). Avant l’office de Min’ha, on remet le rideau à sa place (Kaf Ha’haïm 19).

Nombreux sont ceux qui ont coutume de ne pas revêtir le talith gadol (grand châle de prière frangé), ni de se couronner de ses téphilines à l’office de Cha’harit. De même que, si l’on peut s’exprimer ainsi, le Saint béni soit-Il « déchira son manteau », ainsi ne nous enveloppons-nous point de notre talith. Et de même qu’il est dit : « Il a précipité des cieux jusqu’à la terre la splendeur d’Israël » (Lm 2, 1) – ce qui fait allusion aux téphilines divines[i] –, ainsi ne nous couronnons-nous pas de nos téphilines.

Cependant, puisque, de l’avis de la majorité des Richonim, la mitsva de mettre les téphilines s’applique le 9 av comme les autres jours, on revêt son talith et l’on met ses téphilines à l’heure de Min’ha. On a préféré ne pas accomplir cette mitsva à l’office du matin, parce qu’alors nous exprimons au plus haut point notre deuil et notre douleur, par la récitation des Qinot. À Min’ha, en revanche, nous recevons déjà quelque consolation. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh (555, 1), et telle est la coutume de toutes les communautés ashkénazes, et de nombreuses communautés séfarades.

En revanche, on porte le talith qatan (petit talith porté sous la chemise) dès le matin. Simplement, un doute est apparu : faut-il prononcer la bénédiction au moment de le mettre ? Aussi est-il préférable de dormir, la nuit du 9 av, avec son talith qatan ; de cette manière, il ne sera pas besoin de réciter la bénédiction qui s’y rapporte, le matin. Ce n’est qu’avant la prière de Min’ha que l’on récitera la bénédiction sur le port du grand talith.

Certains exigent de ne pas réciter le Chéma Israël du matin sans talith et sans téphilines. Aussi les mettent-ils avant l’office de Cha’harit, chez eux, et récitent-ils, ainsi parés, le Chéma. Après cela, ils se rendent à la prière publique sans talith ni téphilines. Dans d’autres communautés séfarades, on a coutume de porter talith et téphilines à l’office de Cha’harit. Chaque communauté poursuivra selon sa coutume[21].


[h]. L’expression biblique בצע אמרתו signifie littéralement « Il a accompli sa parole ». Elle est comprise ici sur le mode midrachique, comme suit : le verbe בצע signifie également « trancher » ; quant à אמרתו, cela peut aussi se traduire par « son ourlet » ou « le bord de son étoffe ». Ce qui amène les maîtres du Midrach Eikha à cette compréhension : « Il a déchiré [le bord de] son manteau ». Déchirer son vêtement est une pratique de deuil. Par cette idée, on veut suggérer que Dieu Lui-même prend le deuil pour s’associer à Israël, face à la destruction du Temple. Dans notre halakha, l’étoffe qui, symboliquement, connaît un déchirement, est le rideau qui recouvre l’arche sainte.

[i]. Les téphilines sont considérées comme une couronne de gloire.

[21]. Selon le Raavad, il ne faut pas porter les téphilines à tich’a bé-av, de même qu’un endeuillé ne porte pas les téphilines, le premier jour de son deuil. D’autres estiment qu’il n’est pas obligatoire de porter les téphilines, mais que cela n’est pas non plus interdit. Le Méïri écrit ainsi que telle est l’opinion d’une partie des sages, et c’est en ce sens que le Maguid Michné explique l’opinion de Maïmonide (au sujet de la téphila [phylactère] de la tête). Selon Na’hmanide, le Rachba, le Roch et la majorité des Richonim, c’est une obligation que de mettre les téphilines à tich’a bé-av. La coutume la plus répandue, comme l’écrit le Choul’han ‘Aroukh 555, 1, est de ne pas les mettre à l’office de Cha’harit, mais seulement à Min’ha. De même, on rapporte au nom du Maharam de Rothenburg et d’autres Richonim, qu’à Cha’harit il faut se conduire comme un premier jour de deuil, tandis qu’à Min’ha on se conduit comme aux autres jours de deuil, où l’on met les téphilines.

De nombreux grands maîtres séfarades, et une partie des grands maîtres ashkénazes, ont soin de mettre le talith et les téphilines avant l’office de Cha’harit, afin de réciter le Chéma avec un plus haut niveau de perfection ; puis ils se rendent à la synagogue pour prier avec l’assemblée, sans talith ni téphilines. C’est la coutume du Maharam Galanti. Certains auteurs écrivent qu’il convient que tout le monde procède ainsi ; c’est le cas du Ben Ich ‘Haï, Devarim 25, et de Rabbi ‘Haïm Falagi.

Dans certaines communautés, on porte talith et téphilines à l’office public du matin. Le Knesset Haguedola écrit ainsi que telle est la coutume de Salonique ; le Choul’han Gavoha indique que telle est la coutume de Smyrne ; et c’est aussi la coutume des Kabbalistes de la yéchiva Béthel à Jérusalem, comme le rapporte le Kaf Ha’haïm 555, 4. Cf. Torat Hamo’adim 10, 15 et Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 48. Celui dont les ancêtres avaient coutume de porter leurs téphilines à la synagogue à l’office de Cha’harit, et prie au sein d’un minyan où l’on n’a pas cet usage, mettra les téphilines chez lui, dira le Chéma ainsi paré, puis il se rendra à la synagogue où il priera en minyan, sans téphilines.

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