03. Le plateau

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Avant le commencement du séder, il faut préparer le plateau (qe’ara), où l’on dispose tous les aliments particuliers de la soirée pascale. L’ordonnancement du plateau sur la table n’a pas seulement pour but que tous les aliments soient disposés devant nous ; ce qui est encore visé ici, c’est ce que ces aliments représentent : chacun d’entre eux est destiné à rappeler, à mettre en relief, une idée particulière ; si nous devons trouver tous ces aliments devant nous, c’est afin que s’exprime la thématique particulière de la soirée de Pessa’h. Enumérons à présent les aliments qu’il faut disposer sur le plateau.

Trois matsot, par lesquelles on accomplira la mitsva toranique de consommer le pain azyme. La raison pour laquelle il faut poser ces matsot sur le plateau est que la Haggada doit être récitée lorsque les matsot et les herbes amères sont devant nous ; il est écrit, en effet : « Tu raconteras à ton fils, en ce jour : “C’est en vertu de ceci…” » (Ex 13, 8), ce que nos sages commentent : « En vertu de ceci (ba’avour zé) : cela vise spécifiquement l’heure où de la matsa et des herbes amères sont placées devant toi[a].» De plus, la matsa est appelée pain de pauvreté (lé’hem ‘oni, Dt 16, 3). Or nos sages associent ce mot de pauvreté, ‘oni, à ‘onim : « on répond », ou : « on dit » ; lé’hem ‘oni devient ainsi le pain sur lequel on dit de nombreuses paroles ; par conséquent, la matsa doit être apparente au moment où l’on récite la Haggada. Toutefois, pour l’honneur dû à la matsa, qui est l’aliment le plus important du séder, et sur laquelle on prononce la bénédiction du pain (hamotsi), il ne faut pas réciter le Qidouch tant que la matsa est découverte. Aussi place-t-on les trois matsot dans une serviette, et quand on s’apprête à dire le Qidouch sur le vin – ainsi qu’au moment où on lève la deuxième coupe –, on recouvre les matsot. Tout le reste du temps où se récite la Haggada, les matsot doivent être découvertes.

Le maror (herbes amères) : c’est de la laitue ou du raifort. À l’époque du Temple, c’était une mitsva toranique que de manger le maror avec le sacrifice pascal. Depuis la destruction du Temple, la mitsva de manger le maror est de rang rabbinique.

À l’époque du Temple, on plaçait également sur la table la chair du sacrifice pascal (qorban pessa’h; après la destruction du Temple, les sages ont prescrit de disposer sur la table deux mets : l’un en souvenir du sacrifice pascal, l’autre en souvenir du sacrifice propre à la fête (« sacrifice solennel », qorban ‘haguiga), que l’on offrait chaque jour de yom tov (Pessa’him 114a-b). La coutume s’est établie de prendre, comme souvenir du sacrifice pascal, une épaule (zeroa’), pour faire également allusion au fait que nous fûmes délivrés par « le bras étendu » de Dieu. On grille cette épaule au feu, de même qu’on faisait griller la chair du sacrifice pascal. Les Séfarades ont pour coutume de prendre, comme zeroa’, une épaule d’agneau, ou d’autre mammifère cachère (chevreau, veau…) ; les Ashkénazes prennent une aile de poulet ou d’autre volatile cachère. En souvenir du sacrifice solennel (qorban ‘haguiga), on a coutume de prendre un œuf grillé ou cuit à l’eau ; en effet, on a l’usage de servir un œuf aux endeuillés, afin de les consoler, car l’œuf, arrondi, symbolise le cycle de la vie, le fait que la roue tourne dans le monde : de même, c’est pour nous une consolation que de savoir que, bientôt, le Temple sera reconstruit, et que nous pourrons offrir l’agneau pascal et le sacrifice solennel. Le mot œuf, lui-même, en araméen, se dit bi’a, ce qui signifie également : demande ; cela fait allusion à notre requête : que Dieu nous délivre de nouveau (Choul’han ‘Aroukh 473, 4). Dans la majorité des communautés, on a coutume de ne pas manger l’épaule grillée le soir même du séder (cf. § 32, sur l’usage de manger ou non des grillades le soir du séder).

On met encore du karpas, c’est-à-dire un légume[b], que l’on mangera avant la récitation de la Haggada. On a également coutume de mettre, sur le plateau, du vinaigre ou de l’eau salée, pour y tremper le karpas et lui donner du goût ; par cela, on s’obligera à se laver les mains une fois de plus qu’en un repas ordinaire, ce qui suscitera l’intérêt des enfants et leur désir de poser des questions à cette occasion.

On place encore du ‘harosset[c], qui fait allusion au mortier que nos ancêtres préparaient lorsqu’ils étaient asservis en Egypte. On y trempe le maror avant de le manger. Le vin ne se met pas dans le plateau, car on ne le considère pas comme un aliment, mais comme une boisson.


[a]. Le verset complet dit : « Tu raconteras (véhigadta) à ton fils, en ce jour : “C’est en vertu de ceci (ba’avour zé) que l’Eternel agit en ma faveur, quand je sortis d’Egypte.” » Le mot (ceci) se prête, littéralement, à plusieurs interprétations : il peut désigner l’ensemble des mitsvot de la fête de Pessa’h ; en ce cas, l’enseignement délivré à l’enfant signifie que l’Eternel déploya ses miracles en ma faveur et me fit sortir d’Egypte afin que j’accomplisse ses mitsvot (ba’avour zé pourra se traduire alors : c’est en vue de ceci). peut encore faire allusion, plus spécialement, au sacrifice pascal ; on lira alors : « C’est en récompense de cela [le sacrifice pascal] que l’Eternel accomplit ces prodiges en ma faveur quand je sortis d’Egypte » (Da’at Miqra).

La lecture talmudique, quant à elle, voit dans le mot (ceci) une chose que le père peut montrer du doigt : les matsot et les herbes amères, lesquelles – la Torah nous l’apprend par ailleurs – doivent être consommées le soir du 15 nissan. Cette lecture isole la première partie du verset, en insistant sur la séquence véhigadta (tu raconteras) / bayom hahou (en ce jour) / ba’avour zé (en faveur de ceci) : « Tu raconteras [= tu feras le récit de la sortie d’Egypte] à ton fils, en ce jour, en présence de cela [= matsot et herbes amères]. » Cette lecture, de type midrachique,  veut nous enseigner que le jour où nous est prescrite la mitsva de raconter la sortie d’Egypte à l’enfant est précisément le jour même où il nous est prescrit de manger la matsa et les herbes amères, c’est-à-dire le soir du 15 nissan. C’est pourquoi on tient à ce que les matsot et les herbes amères soient présentes devant nous durant la lecture de la Haggada : il faut associer autant que possible la mitsva du récit à celles de la matsa et des herbes amères.

[b]. Sur l’identité de ce légume (céleri, persil, pomme de terre, selon les usages), cf. § 15.

[c]. Pâte sucrée, faite de pommes, de dattes, d’amandes grillées, de vin ; cf. § 27.

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