13. S’il est permis de manger ou de boire après la première coupe

https://ph.yhb.org.il/fr/04-16-13/

Si l’on s’en tient à la stricte obligation, dans le cas où l’on veut encore boire du vin après avoir bu la première coupe, on y est autorisé. Cependant, a priori, il est bon de s’abstenir de boire du vin entre les première et deuxième coupes, afin de ne pas s’enivrer au point de ne pouvoir lire la Haggada avec la concentration nécessaire. Mais il est permis de prendre des boissons non alcoolisées, comme du jus de raisin ou tout autre jus[i] (Choul’han ‘Aroukh 473, 3, Michna Beroura 16).

Si l’on avait l’intention, au moment de dire la bénédiction sur le vin, de prendre ensuite d’autres boissons, il n’est pas besoin de réciter, avant de consommer celles-ci, la bénédiction Chéhakol. En effet, la bénédiction du vin couvre toutes les boissons. Même si l’on ne pensait pas spécialement prendre d’autres boissons, mais que celles-ci fussent placées sur la table au moment du Qidouch, et qu’il y eût une certaine chance que l’on voulût en boire par la suite, il n’est pas nécessaire de dire de bénédiction avant  de les boire : celle que l’on a récitée sur le vin couvre également ces boissons[10].

Un premier-né qui a jeûné la veille de Pessa’h, de même qu’une personne qui a très faim, au point qu’il lui soit difficile de réciter la Haggada de façon concentrée, pourra manger, après le Qidouch, un peu de pommes de terres, ou d’œuf, ou de fruits. Mais on n’en mangera pas beaucoup, afin d’avoir encore faim au moment de consommer la matsa. De plus, cette permission n’est donnée qu’en cas de grande nécessité ; mais quand on peut se retenir de manger, il est préférable de ne rien manger jusqu’au repas[j], car, en mangeant après le Qidouch, on s’expose à un cas de doute : faut-il ensuite réciter la bénédiction finale sur ce qu’on aura mangé ? (Si toutefois on a mangé entre le Qidouch et le repas, on dira la bénédiction finale.)[11]

La permission de boire ou de manger ne court que jusqu’au moment où l’on verse la deuxième coupe et où l’on commence la récitation de la Haggada. Quand commence cette récitation, il devient interdit de s’interrompre pour boire[k] ou pour manger (Béour Halakha 473, 3 d’après Na’hmanide et Ran ; l’auteur, toutefois, signale que le Maor et Tossephot le permettent).


[i]. Cela inclut évidemment l’eau.

[10]. Cf. Cha’ar Hatsioun 473, 18. Selon le Choul’han ‘Aroukh Harav 473, 13 et le Michna Beroura 479, 5, si l’on veut boire, après le Qidouch,  un « alcool du pays » [alcool cachère autre que le vin et ce qui y est assimilé], et que l’on n’y ait pas pensé dès l’abord, de sorte que l’on devrait, pour le boire, réciter la bénédiction correspondante, il sera interdit de le boire. En effet, cela ressemblerait au fait d’ajouter au nombre des coupes, puisque, a posteriori, on peut s’acquitter de l’obligation des quatre coupes par le biais d’un « alcool du pays ». C’est la règle qu’il convient d’observer. (Le ‘Hémed Moché estime qu’il faut même interdire les autres boissons, dès lors qu’elles nécessitent une bénédiction ; cf. Kaf Ha’haïm 473, 40 [cette rigueur n’inclut pas le jus de raisin]. Une question mériterait d’être approfondie : cette position rigoureuse aurait-elle lieu de s’appliquer également à ceux qui observent la coutume du Choul’han ‘Aroukh, qui ne répètent pas la bénédiction du vin à chaque coupe ?)

[j]. En dehors du karpas, comme on le verra ci-après, § 15. Mais le karpas se mange en très petite quantité.

[11]. De prime abord, il faut dire la bénédiction finale ; en effet, ce que l’on mange avant le repas ne fait pas partie de celui-ci, et requiert donc une bénédiction finale. Ce n’est qu’ensuite que le repas commencera. Tel est l’avis du Ben Ich ‘Haï, Nasso 4, du Kaf Ha’haïm 177, 7 et du Or lé-Tsion 12, 7. Le Michna Beroura lui-même (176, 2) partage généralement cet avis, mais écrit que, selon certains décisionnaires, s’agissant d’un aliment qui n’est pas couvert, pendant le repas, par la bénédiction Hamotsi – par exemple les fruits –, on ne devra pas, dans le cas où l’on a l’intention d’en manger également pendant le repas, réciter la bénédiction finale. De cette façon, la bénédiction initiale prononcée sur les fruits avant le repas couvrira également les fruits que l’on mangera pendant le repas. Quant au Birkat hamazon que l’on récitera à la fin du repas, il sera utile, non seulement pour les fruits mangés au cours du repas, mais aussi pour ceux que l’on aura mangés avant celui-ci.

Quoi qu’il en soit, un doute se présente ici : selon le Rachbam, la bénédiction initiale sur les légumes, Boré peri haadama, que l’on prononce sur le karpas, est destinée à couvrir également le maror (herbes amères) ; et pour ne pas avoir à dire la bénédiction finale (Boré néfachot) sur le karpas, le Choul’han ‘Aroukh prescrit d’en manger moins d’un kazaït. Or, si l’on récite Boré néfachot après les aliments que l’on aura mangés après le Qidouch, cette bénédiction couvrira aussi le karpas, de sorte que la bénédiction initiale du karpas ne pourra plus servir à la consommation du maror. Quoi qu’il en soit, en pratique, on récitera la bénédiction Boré néfachot, et l’on ne répétera pas la bénédiction Haadama pour le maror, car en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent.

[k]. Sauf de l’eau.

Ce contenu a été publié dans Chapitre 16 - La soirée du séder. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.