28. Le korekh

Après avoir mangé le maror, on prend en sandwich un kazaït de laitue à l’intérieur d’un kazaït de matsa, et l’on trempe ce sandwich dans le ‘harosset. Certains, là encore, secouent le maror de tout le ‘harosset qui peut s’y être attaché (Michna Beroura 475, 19) ; d’autres n’enlèvent pas le ‘harosset du maror consommé au titre du korekh (Kaf Ha’haïm 475, 32). On récite : Zékher la-Miqdach, ke-Hillel… (« en souvenir du Temple, suivant l’usage d’Hillel… ») ; puis on mange le korekh, accoudé (Choul’han ‘Aroukh 475, 1). Nous l’avons vu, la mesure d’un kazaït équivaut au tiers d’une matsa faite à la machine.

À l’époque du Temple, la mitsva consistait, de l’avis d’Hillel l’ancien, à manger la matsa avec le maror, comme il est dit : « Avec des azymes et des herbes amères ils le mangeront » (Nb 9, 11). Pour la communauté des sages (les ‘Hakhamim), en revanche, on mangeait la matsa séparément du maror. Puisque la halakha, en cette matière, n’a pas été tranchée, on a coutume de suivre et l’opinion des ‘Hakhamim et celle d’Hillel.

Cependant, de nos jours, Hillel lui-même reconnaîtrait que l’on ne peut s’acquitter de la mitsva de consommer la matsa en associant celle-ci au maror. En effet, de nos jours, nous n’avons plus de sacrifice pascal ; de ce fait, si la mitsva de manger la matsa reste de rang toranique, la mitsva de manger le maror, elle, est de rang rabbinique. Si donc on les mangeait ensemble au titre de la mitsva, la consommation du maror, qui est de rang rabbinique, porterait atteinte à celle de la matsa, qui est une mitsva de la Torah. Aussi faut-il d’abord manger un kazaït de matsa ; puis on mange un kazaït de maror, que l’on ne doit pas manger avec la matsa, puisque l’on s’est déjà acquitté de son obligation de consommer la matsa, et que, si l’on mangeait le maror accompagné de matsa, le goût de celle-ci – qu’il n’est déjà plus obligatoire de manger – altérerait le goût du maror – sur lequel porte la mitsva rabbinique. Après avoir accompli la mitsva de consommer la matsa, puis celle de consommer le maror, on réunit matsa et maror en sandwich, afin de les manger en souvenir de la coutume d’Hillel (Pessa’him 115a, Tossephot, passage commençant par Éla ; Michna Beroura 475, 16). Selon certains, quoiqu’il soit clair que, de nos jours, Hillel serait également d’avis que la matsa se mange séparément, tel ne serait pas le cas pour le maror : pour accomplir la mitsva rabbinique de consommer le maror, Hillel estimerait, selon ces auteurs, qu’il faut le manger avec la matsa. Si bien que, par la consommation du korekh, on accomplit, suivant cet avis, la mitsva de consommer le maror (Peri ‘Hadach).

En tout état de cause, tout le monde recommande de ne point s’interrompre par des paroles, depuis les bénédictions de la matsa et du maror, jusqu’à la fin de la consommation du korekh, en dehors de paroles liées à l’accomplissement de la mitsva, qu’il est permis de prononcer[24].


[24]. Ha-séder Hé’aroukh 92 conclut que, selon Hillel, tel que le comprennent le Rachbam et Na’hmanide, si l’on s’est trompé, et que l’on ait mangé chaque chose séparément, on n’est pas quitte ; mais qu’on l’est a posteriori selon la compréhension qu’en ont Tossephot et le Maor. Pour les ‘Hakhamim, en revanche, si on a mangé les deux ensemble : selon le Rachbam, expliquant l’opinion de Rabbi Yo’hanan, et selon le Maor, on n’est pas quitte ; tandis que, selon le Rachbam expliquant Rav Achi, et selon Na’hmanide, on est quitte a priori.

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