24. Coutume séfarade en matière d’évaluation du kazaït

La coutume séfarade ne tient compte en rien, à cet égard, de l’avis du Noda’ Biyehouda et du ‘Hazon Ich, car l’évaluation des mesures s’est transmise de manière bien ordonnée, de génération en génération ; de sorte que, s’agissant même de mitsvot toraniques, on ne tient pas compte de cette position rigoureuse. Par conséquent, la mesure d’un kazaït, considérée en tant que volume, est tout au plus du tiers d’une matsa faite à la machine (en se plaçant là du point de vue de Tossephot, pour qui un kazaït correspond à la moitié d’un œuf).

Tout cela est exact si l’on va d’après le volume. Mais en pratique, la coutume de la majorité des Séfarades est d’évaluer les mesures selon le poids, parce qu’il est difficile, pour chaque type d’aliment, d’en calculer le volume afin de savoir s’il faut, après l’avoir mangé, réciter la bénédiction finale. En effet, il y a des aliments longs et étroits, d’autres arrondis, d’autres carrés, certains aliments contiennent des poches d’air dont on ne doit pas tenir compte dans le calcul du volume alimentaire. Pour calculer facilement les diverses mesures, on a donc pris l’usage de les évaluer d’après le poids en eau. Par conséquent, le poids d’un kazaït (considéré comme équivalent à la moitié d’un œuf) est d’environ 29 grammes, ou, selon une estimation corrigée, d’environ 25 grammes. Or, pour manger une telle mesure de matsa, il faut manger près d’une matsa machine entière. En d’autres termes, si l’on calcule la mesure d’un kazaït d’après le poids, cette mesure sera près de trois fois supérieure à celle que l’on obtient d’après le volume.

D’après cela, le soir du séder, on doit manger l’équivalent de quatre matsot faites à la machine : les deux premières après les bénédictions du début de repas, la troisième au titre du korekh, et la quatrième au titre de l’afikoman. Tel est l’usage de nombreux Séfarades (et certains poussent la rigueur jusqu’à manger l’équivalent de deux matsot au titre de l’afikoman).

Toutefois, si l’on s’en tient à la stricte obligation, il est certain que toutes les unités de mesure alimentaire, dans le Talmud, traitent de volume, et non de poids, et c’est en ce sens que se prononcent, en pratique, plusieurs grands décisionnaires séfarades, de mémoire bénie, tels que le Rav Bentsion Aba-Chaoul et le Rav Chalom Messas. Et dans la mesure où la rigueur consistant à mesurer la quantité de matsa d’après le poids entraîne, à juste titre, d’importantes difficultés de mise en œuvre, et un grand étonnement parmi de nombreux convives, on peut enseigner à tout le peuple juif, Séfarades et Ashkénazes, que la mesure d’un kazaït correspond au tiers d’une matsa faite mécaniquement[21].


[21].1 La quasi-totalité des Richonim estiment que les unités de mesure que nous utilisons pour les bénédictions sont des unités de volume. Et c’est en ce sens que tranche, en pratique, le Ye’havé Da’at IV 55, s’agissant du prélèvement de la ‘hala [portion de pâte que l’on doit prélever et brûler, quand on en fait une certaine quantité]. Cf. l’annexe « Chi’our kazaït », à la fin du Miqraé Qodech du Rav Harari, parties 4 et 6, 3, ainsi que Pniné Halakha, Bénédictions 10 § 6, note 7, et les développements apportés à la question dans Har’havot. Mais certains A’haronim séfarades ont pris l’usage de calculer les mesures en poids : c’est le cas du ‘Hida, en Ma’haziq Berakha 168, 6, et d’autres A’haronim, cités par le Kaf Ha’haïm au chap. 168, 45-46 et au chap. 486, 1 et 3. C’est aussi en ce sens que se prononçaient le Rav Ovadia Yossef et le Rav Mordekhaï Elyahou.

Certains ont cherché à démontrer que la stricte obligation imposait de se fonder sur le poids : en effet, lorsque les sages du Talmud parlent de volume, peut-être visent-ils le volume d’un aliment compact. Or, pour tout aliment que l’on comprimerait entièrement, 1 kazaït dudit aliment équivaut au poids en eau que ferait le volume d’un demi-œuf [c’est-à-dire 29 ou 25 g]. Mais en pratique, il est certain que la raison de calculer d’après le poids est de faciliter les calculs. Aussi, même un Séfarade habitué à mesurer d’après le poids pourra, pour déterminer la quantité de matsa à consommer, considérer le volume. C’est l’opinion du Rav Bentsion Aba-Chaoul et du Rav Chalom Messas, selon lesquels on calcule d’après le volume.

Ajoutons que, puisque l’on a coutume de manger deux kazaït au début du repas, on mange, en définitive, l’équivalent de deux-tiers de matsa faite à la machine ; or, même si l’on tient compte du poids, ces deux-tiers de matsa suffisent à constituer un kazaït aux yeux de Maïmonide.

Précisons encore que, d’après des évaluations mises à jour, le poids de la moitié d’un œuf, tel que l’eût estimé Maïmonide, est de 25 grammes, et non de 29, 28 ou 27, comme l’avaient calculé certains auteurs, qui adoptaient en cela la méthode de calcul de Rabbi ‘Haïm Naeh. Cf. Pniné Halakha, Bénédictions 10, notes 6 et 11.

Cependant, la position essentielle de la halakha consiste à se fonder sur le volume ; et avec l’équivalent du tiers d’une matsa faite à la machine, on écarte tout doute. Même ceux des Séfarades qui mangent de la matsa épaisse et tendre, faite à la main, peuvent évaluer selon le volume, puisque telle est la position principale en halakha. Toutefois, avec une telle matsa, il est plus facile de manger une quantité évaluée d’après le poids. En ce cas, on considérera qu’un kazaït fait 25 grammes. Pour le début du repas, où l’on embellit la mitsva en mangeant deux kazaït, on pourra fonder son évaluation sur Maïmonide, selon lequel chaque kazaït fait un peu moins du tiers d’un œuf ; d’où il ressort que l’on se rendra quitte avec 30 grammes de matsa.

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