04. Ordonnancement du plateau

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Le Talmud ne mentionne pas de plateau, mais dit que l’on sert, devant celui qui préside au séder, de la matsa, des herbes amères, du ‘harosset et deux mets (Pessa’him 114a). Ce sont les Richonim qui ont écrit qu’il fallait placer tous ces aliments sur un plateau (qe’ara). C’est aussi ce que rapporte le Choul’han ‘Aroukh (473, 4). Cela n’est toutefois pas obligatoire : l’essentiel est que tous ces aliments soient placés devant celui qui mène la cérémonie (le ‘orekh ha-séder). Il n’est pas non plus nécessaire de mettre un plateau devant chaque participant au séder, ni même devant chaque homme marié. Un plateau suffit, que l’on place devant celui qui préside au séder (Michna Beroura 473, 17). Néanmoins, certains ont coutume de placer un plateau devant chaque chef de famille ; d’autres ont coutume de placer des matsot devant chaque chef de famille, tandis que le plateau proprement dit est seulement placé devant celui qui préside au séder.

Puisqu’il faut placer, sur le plateau, plusieurs aliments, la question se pose de savoir dans quel ordre il est préférable de les y mettre. Plusieurs opinions se sont fait jour en la matière.

Selon le Rama, le principe est que tout aliment qui précède l’autre, suivant l’ordre des étapes du séder, doit se situer, sur le plateau, plus près du maître de céans, afin de « ne pas passer au-dessus des mitsvot » : en effet, si par exemple on plaçait les matsot au plus près, puis le karpas après elles, on serait contraint, au moment de prendre le karpas pour en manger, de passer par-dessus les matsot ; or il y aurait à cela une certaine déconsidération des matsot. Aussi, selon le Rama, on placera le karpas et l’eau salée au premier rang, près de soi, car c’est le karpas trempé dans l’eau salée que l’on mange en premier, avant même la récitation de la Haggada. En deuxième place, on mettra les matsot, car on en mange au début du repas. Puis on placera le maror (herbes amères) et le ‘harosset, car c’est dans cet ordre que nous mangeons : après les matsot, on consomme le maror, que l’on trempe dans le ‘harosset. Les aliments les plus éloignés seront le zeroa’ (épaule d’agneau, ou aile de poulet) et l’œuf, car ils ont pour but de rappeler le sacrifice pascal et le sacrifice de Yom tov.

Selon certains auteurs, il n’est pas nécessaire d’être pointilleux quant à l’ordonnancement du plateau, et de s’abstenir de « passer au-dessus d’une mitsva » ; en effet, ce n’est que lorsque le moment est venu d’accomplir deux mitsvot, qu’il ne convient pas de sauter ainsi au-dessus de l’une pour parvenir à la seconde, plus éloignée spatialement. Dans le cas de la soirée du séder, en revanche, chaque mitsva est assortie d’un temps déterminé ; aussi n’est-il pas problématique de passer au-dessus d’un aliment qu’il n’est pas encore temps de manger, pour en prendre un autre, plus éloigné, que l’on doit à présent manger.

Suivant Rabbi Isaac Louria (le saint Ari), on suit un autre ordonnancement, qui fait allusion aux dix séfirot[d][1]. C’est la coutume observée de nos jours par la majorité des Séfarades, et par la majorité de ceux qui prient selon le rituel sfard-‘hassidique ; parmi ceux qui prient selon le rituel ashkénaze eux-mêmes, certains ont adopté la coutume de Rabbi Isaac Louria. D’autres suivent la coutume du Rama, et d’autres encore suivent la coutume du Gaon de Vilna. Dans de nombreuses éditions de la Haggada, des schémas d’ordonnancement du plateau sont reproduits. Comme nous avons eu l’occasion de le dire par ailleurs, chaque coutume a sa raison d’être, en halakha.


[d]. Sur cette notion, cf. chap. 15, note h.

[1]. L’ordre à suivre, selon Rabbi Isaac Louria, est le suivant : on place au-dessus les trois matsot, qui correspondent aux séfirot de ‘Hokhma, Bina et Da’at (sagesse, raison et savoir). En dessous d’elles, du côté droit, on met l’épaule, correspondant à ‘Hessed (bonté), et l’œuf du côté gauche, en regard de l’attribut de Gvoura (puissance). Plus bas, au centre, on dispose le maror sur lequel on prévoit de prononcer la bénédiction ‘al akhilat maror : cela correspond à l’attribut de Tiféret (harmonie). En dessous, du côté droit, on place le ‘harosset, qui fait référence à Netsa’h (éternité), et le karpas à gauche, en regard de Hod (splendeur). Plus bas, enfin, au milieu, le maror destiné à être mangé en sandwich avec de la matsa (korekh), en regard de la séfira de Yessod (fondement). Quant au plateau lui-même, il fait référence à l’attribut de Malkhout (royauté) (Kaf Ha’haïm 473, 58). Selon Rabbi Isaac Louria, il est de coutume de séparer les trois matsot l’une de l’autre par des serviettes, car chaque matsa fait allusion à une séfira distincte ; d’autres ont pour coutume de ne pas les séparer (‘Hayé Adam).

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