29. Si l’on a du mal à manger les quantités requises de matsa

Comme nous l’avons vu, la mesure d’un kazaït équivaut au tiers d’une matsa faite à la machine ; et le soir du séder, on doit manger quatre ou cinq kazaït. Après les bénédictions Hamotsi et ‘Al akhilat matsa, on mange a priori deux kazaït : l’un au titre de la bénédiction Hamotsi, l’autre au titre de la bénédiction ‘Al akhilat matsa. Ce double kazaït permet également de se rendre quitte de l’obligation toranique d’après l’estimation rigoureuse, celle du ‘Hazon Ich, qui pense qu’un kazaït est d’un volume deux fois plus grand qu’on ne l’estime communément. Au titre du korekh, on mange encore un kazaït, puis, pour l’afikoman, un autre encore ; certains embellissent la mitsva en mangeant deux kazaït au titre de l’afikoman : l’un en souvenir du sacrifice pascal, l’autre en souvenir de la matsa que l’on mangeait avec ce sacrifice. Il ressort de tout cela qu’il faut consommer, le soir de Pessa’h, quatre kazaït, soit l’équivalent d’une matsa entière et un tiers, et que certains en mangent cinq (environ une matsa et deux tiers).

Celui à qui il est difficile de manger toutes ces portions devra s’efforcer, s’agissant de la matsa consommée au début du repas au titre de la mitsva, de manger deux tiers de matsa, afin d’accomplir la mitsva en tenant compte des opinions de tous les décisionnaires. Mais ensuite, on pourra se contenter d’un cinquième de matsa pour la consommation du korekh, et d’un cinquième de matsa au titre de l’afikoman. Si cela est encore trop difficile, on pourra être indulgent, et ne manger, au titre de la mitsva de consommer la matsa, qu’un tiers de matsa, ce qui correspond à un kazaït suivant l’estimation communément admise, et l’on n’en dira pas moins les bénédictions correspondantes. En ce cas, on aura mangé, au cours du séder, un tiers de matsa, puis deux cinquièmes[25].

Ceux à qui il est difficile de mâcher la matsa – par exemple, si l’on n’a pas de dents –, pourront émietter la matsa et manger les miettes (Béour Halakha 461, 4). Si, même de cette façon, on ne peut manger, on pourra tremper la matsa dans de l’eau avant de la manger. En revanche, si l’on a poché la matsa, ou qu’on l’ait trempée longtemps dans l’eau jusqu’à ce qu’elle s’amollisse grandement, la matsa aura perdu son goût de matsa, et l’on ne pourra plus s’acquitter par elle de la mitsva (Choul’han ‘Aroukh 461, 4, Michna Beroura 19-20)[26].


[25]. En note 20, nous avons appris quels principes fondent ces règles ; nous avons vu ainsi qu’un kazaït, aux yeux de Maïmonide, est un peu moins du tiers du volume d’un œuf, et, selon Tossephot, environ la moitié du volume d’un œuf. S’agissant d’une mitsva de rang toranique, on est rigoureux, et l’on adopte la position de Tossephot. Aussi mange-t-on, pour chaque kazaït, l’équivalent du tiers d’une matsa faite à la machine. Mais s’agissant du korekh et de l’afikoman, qui sont des mitsvot rabbiniques, ceux à qui il est difficile de manger un kazaït tel que défini par Tossephot pourront être indulgent, conformément à l’avis de Maïmonide, et ne manger chaque fois que le cinquième d’une matsa, ce qui représente le tiers du volume d’un œuf.

Même si l’on veut manger, au titre de l’afikoman, la mesure de deux kazaït, on pourra se contenter d’un cinquième de matsa, car cela suffit à constituer deux kazaït, si l’on s’en tient à l’opinion de nombreux Guéonim et Richonim (cf. Pniné Halakha, Bénédictions 10, note 6), qui estiment que la mesure de kazaït équivaut, littéralement, à celui d’une de nos olives. Quant au supplément de perfection (hidour) que l’on veut donner à la mitsva de l’afikoman en mangeant deux kazaït, il n’est pas nécessaire, pour le réaliser, de se fonder sur l’estimation rigoureuse de ce qu’est un kazaït.

[26]. Il ne faut pas faire tremper la matsa dans le vin, dans la soupe, ou dans quelque autre boisson dotée d’un goût car, selon certains, ce goût est de nature à atténuer celui de la matsa. Certains auteurs estiment aussi qu’il n’est pas bon de la tremper brièvement, dans de tels liquides. Si une personne bien portante, capable de mâcher, a mangé de la matsa plongée dans un liquide, il remangera un kazaït de matsa (Michna Beroura 461, 18, Cha’ar Hatsioun 32, Kaf Ha’haïm 47-48). Mais un malade, une personne âgée, qui ne peuvent manger la matsa normalement, ni même en la plongeant dans l’eau, pourront la plonger dans l’un de ces liquides, si cela leur est utile, puis réciter les bénédictions, et manger (Miqraé Qodech du Rav Harari, 7, 40, note 103).

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