21. La deuxième coupe : précédée d’une bénédiction selon le Rama, mais non selon le Choul’han ‘Aroukh

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La seule controverse concrète et significative qui distingue les coutumes des différentes communautés, quant aux règles du séder, est la question de la bénédiction Boré peri haguéfen (ou : hagafen, « Béni sois-Tu… qui crées le fruit de la vigne ») précédant la deuxième et la quatrième coupes.

Selon de nombreux Richonim, il faut réciter cette bénédiction (que nous appellerons simplement Haguéfen) avant de boire chacune des quatre coupes, même si l’on ne détourne pas entièrement son esprit de cette consommation entre deux coupes. En effet, chaque coupe est une mitsva en elle-même, et l’on a donc décidé d’une bénédiction pour chacune. C’est notamment l’avis de Rav Netronaï Gaon, de Rav Amram Gaon, du Rif, de Maïmonide, et c’est en ce sens que tranchent le Rama et le Maharits (l’un des grands décisionnaires yéménites), auxquels se conforment la coutume ashkénaze et celle du Yémen, les Juifs du Yémen ayant l’usage de suivre l’opinion de Maïmonide.

Mais selon le Roch, il n’y a lieu de dire la bénédiction Haguéfen que sur la première et la troisième coupes. En effet, entre la première et la deuxième, on ne perd pas de vue la consommation du vin, si bien que la bénédiction récitée sur la première acquitte également la seconde. Quant à la troisième coupe, elle requiert une bénédiction, car c’est la coupe du Birkat hamazon ; or, comme à chaque repas de Chabbat ou de fête, la consommation de la coupe de vin qui suit le Birkat hamazon est introduite par une bénédiction, bien que l’on ait déjà dit la bénédiction du vin avant le repas, ou durant celui-ci ; cela, parce que le Birkat hamazon constitue une bénédiction finale pour le repas qui le précède, bénédiction finale qui couvre également le vin consommé au cours du repas. Par conséquent, il faut de nouveau dire la bénédiction Haguéfen avant de boire la coupe du Birkat hamazon. Cette bénédiction acquittera également la quatrième coupe. Telle est l’opinion de Rabbénou Yona, du Rachba, et c’est en ce sens que le Choul’han ‘Aroukh tranche. Tel est l’usage séfarade.

On trouve encore des opinions différentes au sein des Richonim quant à la bénédiction finale, ‘Al haguéfen vé’al peri haguéfen (« Béni sois-Tu… pour la vigne et pour le fruit de la vigne… »). Toutefois, il est admis qu’il n’y a pas lieu de dire la bénédiction finale après avoir bu chacune des coupes : le Birkat hamazon vaut en effet pour le vin des deux premières coupes ; puis, après avoir bu la quatrième, on dit ‘Al haguéfen, et cette bénédiction vaut pour le vin des troisième et quatrième coupes[18].


[18]. Certains ont l’habitude de prolonger longuement la récitation de la Haggada [en en commentant le texte], même si cela dure plus de soixante-douze minutes. De prime abord, cet usage semble problématique, puisque soixante-douze minutes constituent le temps de digestion au-delà duquel on considère qu’il y a discontinuité (hefseq) entre la consommation et la bénédiction, de sorte que, si l’on ne se sent plus rassasié par la nourriture ou la boisson, il n’est plus possible de réciter la bénédiction finale sur ce qui a été consommé. Par conséquent, de prime abord, si la Haggada est dite en plus de soixante-douze minutes, le Birkat hamazon ne couvrira pas la première coupe, de sorte que l’on n’aura pas dit de bénédiction finale sur la première coupe. De plus, selon le Maguen Avraham 184, 9, si une telle durée s’est écoulée entre la première coupe et la deuxième, on sera obligé de répéter la bénédiction introductive, Haguéfen, avant de boire la deuxième coupe.

Or cela contredirait la coutume du Choul’han ‘Aroukh, qui est de ne point dire la bénédiction Haguéfen sur la deuxième coupe, puisque, selon lui, la bénédiction prononcée sur la première nous en acquitte. De plus, cela contredirait également l’opinion du Rachbam, selon lequel la bénédiction Boré peri haadama (« … qui crées le fruit de la terre ») prononcée sur le karpas couvre le maror que l’on mange au cours du repas. En effet, si l’on doit considérer qu’il y a interruption, engendrée par la longueur de la lecture, la bénédiction du karpas ne pourra inclure le maror. Or le Choul’han ‘Aroukh tient compte de l’opinion du Rachbam, comme il apparaît au chap. 473, 6. En outre, le temps écoulé entre le Qidouch (première coupe) et le repas constitue peut-être lui-même une interruption, de sorte que le Qidouch ne serait pas considéré comme étant récité en introduction au repas (bimqom sé’ouda : à l’occasion même du repas qui le suit).

Pour toutes ces raisons, certains auteurs estiment qu’il est bon de se hâter de dire la Haggada en moins de soixante-douze minutes. Cf. Sidour Pessah’ Kehilkhata 3, 9. Toutefois, en pratique, il y a des personnes justes et pieuses, qui ont coutume d’apporter à la mitsva de la Haggada un supplément de perfection en s’étendant, dans sa lecture, au-delà de soixante-douze minutes. Cf. également, sur tout ce sujet, Miqraé Qodech, Pessa’h II 30, Hilkhot ‘Hag Be’hag 20, 5 et responsa ‘Hazon ‘Ovadia 11, qui expliquent la question d’après différentes conceptions. Certains soutiennent, par exemple, que, si la bénédiction finale porte sur la quatrième coupe, elle porte automatiquement sur la première aussi.

À notre humble avis, il semble que les règles régissant les interruptions (hefseq) ne s’appliquent que dans le cas où l’on s’occupe d’autres choses (et même si l’on ne détourne pas entièrement sa pensée de l’activité en cours) ; mais dans notre cas, on ne s’occupe certes pas d’autre chose, mais bien des thèmes afférents au séder et à la Haggada. Et puisque l’on verse la deuxième coupe dès le début de la lecture de la Haggada, il n’y a aucune interruption entre la première coupe et la deuxième ; tout le temps passé à la récitation et au commentaire de la Haggada est lié à cette deuxième coupe, sur laquelle la Haggada se dit. Il n’y a pas non plus d’interruption entre le Qidouch et le repas, puisque toute la Haggada participe des besoins mêmes du repas de la soirée pascale ; en effet, ce soir-là, on mange de la matsa, « pain sur lequel on prononce de nombreuses paroles ». Même chose pour le maror : tout le propos de la Haggada est lié à la consommation du maror, si bien que le temps de lecture et de commentaire de la Haggada ne saurait être considéré comme une interruption entre la consommation du karpas et celle du maror.

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