06. Excursions, piscine, détente à l’hôtel

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Selon certains, il faut s’abstenir d’excursions et de bains de mer ou de piscine, durant les trois semaines, afin de restreindre les plaisirs pendant la période de bein hametsarim (entre les détresses). De plus, ces jours sont susceptibles d’adversités, et il faut donc s’abstenir de choses qui risquent de nous mettre en danger.

Toutefois, si l’on s’en tient à la règle halakhique, il n’y a pas là d’interdit, car, lorsque nos sages, de mémoire bénie, ont prescrit d’amoindrir les marques de joie, cela ne s’appliquait qu’à partir de Roch ‘hodech du mois d’av. Avant cela, il n’y a pas d’interdit de faire des choses comportant une part de plaisir et de délice, et ce n’est que d’occasions de joie particulières qu’il faut s’abstenir, telles que des fêtes, des concerts et des danses. Par conséquent, il est permis de faire des excursions, de nager et de prendre des vacances à l’hôtel, jusqu’à la fin du mois de tamouz. S’agissant de la crainte de choses pouvant présenter un danger : il n’est pas question d’une telle crainte qu’elle modifierait fondamentalement les règles de prudence exigées tout au long de l’année. Il est donc permis de faire des excursions et autres activités de ce genre durant les trois semaines ; il faut simplement avoir soin d’observer, en redoublant de prudence, les règles de sûreté qu’il faut respecter toute l’année.

Quand commence le mois d’av, on diminue les expressions de joie. Aussi faut-il s’abstenir d’excursions et de divertissements qui visent essentiellement au plaisir et à la joie. Mais il est permis d’accomplir, durant les neuf jours, une promenade ou un séjour de vacances visant essentiellement aux besoins éducatifs ou de santé. De même, s’agissant de nager dans une piscine ou à la mer : si le propos est de se divertir, c’est interdit ; mais celui à qui on a recommandé de nager pour des raisons médicales pourra le faire, même durant ces neuf jours (cf. § 21)[4].


[4]. Selon le Yessod Vechorech Ha’avoda, il convient de s’abstenir de se réjouir fortement pendant les trois semaines. Rabbi ‘Haïm Palaggi (dans son Massa ‘Haïm) écrit que, dans sa région, les rabbins avaient décrété de ne pas faire de promenades dans des jardins, au bord de la mer ou de la rivière, durant ces jours (citation faite par le Sdé ‘Hémed, Ma’arékhet bein hametsarim 1, 10). Toutefois, les autres A’haronim n’écrivent pas cela ; ce n’est que dans les ouvrages de notre génération que l’on mentionne cette position sévère (‘Am Kelavi p. 170, Nit’é Gavriel 23, 3 au nom de certains avis mentionnés comme alternatifs, Miqraé Qodech du Rav Harari 5, 1). Il semble s’agir de l’usage adopté par ceux qui s’astreignent à une particulière piété (minhag ‘hassidout) ; et c’est pour cette raison, semble-t-il, que la majorité des ouvrages écrits par les A’haronim ne le mentionnent pas.

La position essentielle, en halakha, est que seuls les neuf premiers jours d’av sont visés par la nécessité de restreindre les choses délectables et plaisantes, qui apportent de la joie, de même que, en matière de consommation de viande et de vin, ou d’achat de choses réjouissantes, l’interdit ne commence qu’à Roch ‘hodech av. Il n’y a pas lieu d’interdire, par seule crainte du danger, des excursions. En effet, le fait même de se prémunir contre le danger est une mitsva de la Torah, et ce qui est requis pendant ces trois semaines consiste simplement en un redoublement de prudence ; mais il n’a pas été fixé d’autres principes de prudence (cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 3, 21, où il est écrit que nombreux sont ceux qui s’abstiennent d’excursion par crainte du danger, mais que, si l’on s’en tient à la stricte règle, il n’y a pas là d’interdit. Cf. Hilkhot ‘Haguim 25, 14-15).

La règle est la même en matière de nage, en mer ou en rivière, ce qui ressemble au cas de l’excursion, tant du point de vue du plaisir que du danger. Un décisionnaire, il est vrai, est rigoureux sur ce point (Meqor ‘Haïm de l’auteur du ‘Havat Yaïr, 551, 4). Mais nombreux sont ceux qui le permettent. Nous voyons ainsi, dans le Teroumat Hadéchen 150, que les gens avaient l’habitude, jadis, de se baigner dans les fleuves durant les neuf jours, or les sages n’avaient point protesté. Le Choul’han Gavoha, fin du chap. 551, précise que la coutume de Salonique était de nager dans la mer, même la veille du 9 av. C’est aussi ce qu’écrit le Ye’havé Da’at I 38, pour qui il est permis de nager à la piscine et à la mer, même dans la semaine où tombe le 9 av. Bien que, à ce dernier sujet, il semble juste d’être rigoureux durant les neuf jours, s’il s’agit de baignage de plaisir, la raison d’être rigoureux ne réside pas dans les dangers de la nage, mais dans la nécessité de réduire les expressions de joie, comme nous le verrons par la suite. Quoi qu’il en soit, on peut déduire de cette source que, a fortiori, il sera permis de se baigner pendant les trois semaines [c’est-à-dire, ici, la partie des trois semaines qui précède Roch ‘hodech av], à la piscine ou à la mer, et d’excursionner.

Il est vrai que, s’il s’agit d’une excursion à laquelle participent de nombreuses personnes, ou d’un camp d’été, il est préférable, a priori, de ne pas l’organiser pendant les trois semaines, car c’est une occasion particulière de joie, et le cas ressemble quelque peu à celui des danses. Mais a posteriori, quand il est très difficile de l’organiser à une autre date, il est permis de le faire jusqu’à Roch ‘hodech. On considérera que le cas n’est pas semblable à celui des danses, car ces dernières ont pour propos principal la joie, tandis que l’excursion vise surtout à connaître un site nouveau et à profiter de l’ambiance de groupe.

Il eût convenu de modifier les dates de l’année scolaire, et de prévoir des études pendant les trois semaines ; ainsi, on aurait nécessairement moins excursionné ou nagé pendant ces jours. Mais de nos jours, où les centres aérés pour enfants et les vacances scolaires annuelles ont précisément lieu pendant cette période, il n’y a pas lieu d’être plus rigoureux que ne l’impose la règle, et l’on n’interdit donc pas les excursions ni la nage, ce jusqu’à Roch ‘hodech av.

En ce qui concerne la nage quotidienne en piscine, considérée non comme un passe-temps mais comme un élément d’un mode de vie sain, cf. ci-après § 21, où l’on voit que, selon la coutume séfarade, il est bon d’être rigoureux durant la semaine où tombe le 9 av, et, selon la coutume ashkénaze, on commence à être rigoureux dès Roch ‘hodech av. (Cf. Rav Pe’alim IV 29, selon qui, si l’on a commencé l’apprentissage de la nage avant la période des trois semaines, et quoique il convienne d’être rigoureux durant les neuf jours, il n’y aura pas lieu de protester devant ceux qui adopteraient l’usage indulgent et continueraient ledit apprentissage pendant les neuf jours ou pendant la semaine même du 9 av [à l’exception bien sûr du 9 av lui-même]. Certains auteurs écrivent, au nom du ‘Hazon Ich, que, pour les besoins de la santé, il est permis de se baigner durant les neuf jours. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 3, 21).

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