13. Viande et vin

Les Richonim avaient coutume de s’abstenir de manger de la viande et de boire du vin pendant les jours de deuil portant sur la destruction du Temple. Certains étaient rigoureux à cet égard, en étendant l’abstention à tous les jours profanes des trois semaines. D’autres s’abstenaient seulement durant la semaine même du 9 av. Mais selon la majorité des Richonim, la juste coutume est de s’abstenir de viande et de vin pendant les neuf jours.

Certes, si l’on s’en tient aux termes de la Michna, ce n’est qu’au repas précédant le jeûne du 9 av (sé’ouda mafséqet) qu’il est interdit de manger de la viande et de boire du vin (Ta’anit 26b). Mais les Richonim ont pris l’usage d’être rigoureux pour leur propre compte, en s’abstenant de consommer viande et vin durant ces jours, car la viande et le vin sont connus pour être des aliments concourant à la joie, or les sages du Talmud ont bien dit : « Quand commence le mois d’av, on réduit les manifestations de joie. » De plus, après la destruction du Temple, on ne peut plus présenter la chair des sacrifices sur l’autel, et l’on n’y fait plus de libations de vin. Il eût donc convenu, à la suite de la destruction du Temple, que nous aussi nous abstenions totalement de manger de la viande et de boire du vin, jusqu’à la reconstruction du Temple. Mais nous n’aurions pu tenir devant un tel décret (Baba Batra 60b). Toutefois, durant les jours fixés pour le deuil du Temple, il y a lieu d’être rigoureux en cela.

En pratique, la coutume ashkénaze est de ne consommer ni viande ni vin durant l’ensemble des neuf jours, y compris à Roch ‘hodech av ; et telle est aussi la coutume de Rabbi Isaac Louria. Suivant la coutume séfarade majoritaire, il est permis de manger de la viande et de boire du vin à Roch ‘hodech, puis, dès la fin de la journée de Roch ‘hodech, l’interdit prend effet (Michna Beroura 551, 58, Kaf Ha’haïm 125). Même le 10 av, jour où fut incendié le Temple, on est rigoureux, et l’on s’abstient de viande et de vin. Les Ashkénazes étendent cette rigueur jusqu’au midi solaire (‘hatsot hayom) du 10, et la majorité des Séfarades jusqu’à la fin du 10 (Choul’han ‘Aroukh et Rama 558, 1, Kaf Ha’haïm 10).

Suivant la coutume des Juifs yéménites, on n’est point rigoureux en la matière : on mange de la viande, on boit du vin, et ce n’est que lors du repas de clôture avant le jeûne du 9 av que l’on s’abstient de consommer viande et vin, selon les termes mêmes de la Michna.

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